La Blogothèque

Freda Payne

Tell the truth James Brown was old ‘till Eric and Rakim made I know you got soul

Cette phrase de Stetsasonic sur Talkin all that Jazz résume à elle seule tout ce que ma connaissance de la soul doit au rap, toute mince qu’elle soit. Pour moi, Freda Payne , ce fut longtemps l’intro démente de Strong island des JVC Force, le groupe qui devait, selon BBoy records, succéder à [Boogie Down Productions-> http://www.assassin-productions.fr/?cat=1809]. Par la suite je découvris ravi Unhooked generation dans une de ces compilations de « breakbeats » qui capitalisent justement sur ce goût de la soul laissé par le rap.

A la fin des années 60, Holland-Dozier-Holland entrent en conflit avec Berry Gordy, le patron de Motown, pour des histoires de royalties non payées. HDH, pour Motown, c’est Same old song , Baby love , This old heart of mine (une de mes préférées), You can’t hurry love , Heat wave , Bernadette , Reach out (I’ll be there) , et des tas d’autres, soit le trio d’auteurs-compositeurs qui a sans doute le plus incarné le son Motown pour le grand public. Berry Gordy n’est pas conciliant, il les poursuit même en justice, tout en pariant sans doute un peu sur la relève : Smokey Robinson et Marvin Gaye composent pour les autres et Norman Withfield monte en puissance. De leur côté, Holland-Dozier-Holland ont retenu la leçon de leurs années Motown : pour devenir riche, mieux vaut fonder son propre label. Ce sera [Invictus -> http://www.bsnpubs.com/invictus.html] et Hot Wax.

HDH signent immédiatement une jeune chanteuse de jazz, Freday Payne qui pour eux est une vieille connaissance. Ils lui offrent Band of Gold , chanson immédiatement mémorable qui semble avoir été volée au répertoire des Supremes, et l’album qui va avec. Ils y developpent le même groove symphonique poussé dans le rouge que celui definit sur Reach out (I’ll be there) , et le niveau des compositions ne laisse aucun doute : Holland-Dozier-Holland épargnaient, mettaient de côté des mélodies, soustrayaient de petites pépites au grip’sous Gordy dans l’espoir de nourrir leurs futurs protégés.

Band of Gold est un album riche. Riche de couches sonores multiples, de paroles simples et humaines, de mélodies amples et immédiates. Un vrai disque de variété soul magnifié par des beats énormes et une mise en son aussi inventive qu’énergique. Ecoutez seulement Unhooked generation : l’irruption de la voix de Freda Payne au sortir de l’intro sonne comme l’explosion d’une bouche d’incendie sous la pression. Deeper and deeper et ses violons flottants compte parmi les autres réussites du disque, avec sa mélodie décomplexée et le maelström sonore qui l’accompagne.

Curieusement, aucun des morceaux de Band of Gold (hormis un) n’est signé du trio. C’est Ron Dunbar qui est crédité sur la plupart des titres, vraisemblablement à cause du procès intenté par Motown. Ils assumeront en revanche l’écriture de la quasi totalité du suivant, que je savoure en ce moment, Contact , encore plus ambitieux, construit comme une suite dont les morceaux s’imbriquent, avec des thèmes récurrents dont celui, irrésistible, qui irrigue I shall not be moved .

Tous les enregistrements de Freda Payne pour Invictus ont été réédités dans un double CD à tout petit prix. Je ne vois aucune raison d’ hésiter, et la qualité sonore sera bien meilleure que sur mon vieux vinyle.