La Blogothèque

Pradoc n’aime pas Dolly Parton

Si les vaches pouvaient parler, nul doute qu’elles aimeraient la fermière Dolly Parton, dame patronnesse de la Country et madone des sleepings sur le retour, qui fut toujours une grande blonde fade, habillée en sapin de noël. Pour tout vrai amateur de musique country, Dolly Parton ne mérite pas un regard, son succès l’a tellement surexposé, qu’il ne reste rien au biographe à découvrir, et l’intense lumière des spotlights qui l’entoure lui font comme une aura kitch rebutante.

Aucun homme de goût ne peut approcher l’idole populaire, sans ressentir une colère sourde devant ce monument de vanité égrillarde. Et si d’un œil sociologique, on veut approcher la laitière, qu’habité des meilleures intentions de mansuétude, on s’avise d’écouter son œuvre, on se doit d’admettre qu’un fossé nous sépare de Dolly Parton dont le seul intérêt est qu’elle peut prétendre entrer dans les livres d’histoire, du fait de l’ahurissant succès qu’elle a rencontré au cours de sa carrière, grâce à un look des plus improbables qui fait d’elle le parfait sosie de ma tante, une auvergnate qui tient un café.

Pourtant cette chanteuse, dont le talent doit être remis en cause, brille au firmament des stars locales comme la plus brillante, et tous les américains connaissent ces fredaines, savent quelle est la taille de son tour de poitrine et ont une fois dansé la gigue dans une grange tandis qu’un orchestre amateur reprenait l’un de ses airs.

La moquerie ne suffit pas pour cerner Dolly Parton, elle n’est pas de ces problèmes que l’on peut écarter d’une main comme s’ils n’existaient pas, car Dolly Parton vit en ce moment exactement dans ce même monde où nous nous débattons.

Il faut alors pour cerner l’apparition de ce phénomène, avec abnégation, remonter aux origines, découvrir quel rôle joue Dolly Parton dans la sous-culture américaine : Celui de la serveuse de bar, un peu leste, qui assume blondeur et forme et n’hésite pas à verser dans la niaiserie pour réconforter les clients venus dans les bars par désamour, autant que par soif.

De même et avec l’impudeur complète qui la caractérise, avec une absence de retenue de vraie fille de ferme, elle chante des rengaines haut-perchées qui sentent bon le houblon et les parties de billard, moments délicieux s’il en est, dont chacun de nous a une nostalgie béate, comme en un âge d’or idiot où passé enfin de l’autre côté du miroir, prendre un plaisir frustre est permis. Et si malheureusement, écouter Dolly Parton est un acte entièrement régressif, il n’est pourtant pas niable qu’il apporte une joie stupide similaire à celui de manger une bonne saucisse.

Où est donc le goût là-dedans ? Existe-t-il encore dans cette musique quelque chose qui puisse se nommer du style ? Non, évidemment. Car Dolly Parton est par delà le bien et le mal, un pur animal chantant qui s’adresse à notre vulgarité, à nos rêves de piscines en forme de flamant rose, et à cette éternité absurde qui gît blessée au fond de nous.