La Blogothèque

Patrick Wolf / Cocorosie à La Cigale, Paris (12/09/2005)

Quelques photos souvenirs de mon premier contact scénique avec Patrick Wolf (pour le compte-rendu plus détaillé d’un concert londonien, voir le superbe texte de Lilou). Le bon point : sa voix, très belle même en live, et de plus en plus belle au fur et à mesure qu’il se libère avec l’avancée du concert. La petite déception : il se produit en (quasi) solo, au banjo, au piano ou au violon, avec parfois l’accompagnement d’une batterie ; certes, les chansons « tiennent », même dans ce plus simple appareil, mais j’aurais aimé entendre, au moins un peu, le fouillis de bidouillage électronique qui m’avait tant plu dans Lycanthropy .

La première partie du concert balaie surtout le second et dernier album en date, Wind in the Wires . A l’ouverture dépouillée, presque a capella , sur le titre éponyme, succèdent notamment « Teignmouth », « Gipsy King » et « Shadowsea » : sur ce titre, Patrick semble soudain se libérer, nous gratifiant d’un large sourire qui ne le quittera plus jusqu’à la fin du concert. Viennent ensuite un « Jacob’s Ladder » très rythmé et un « Tristan » presque ironique, tout en connivence avec le batteur.

La suite offre des incursions dans d’autres contrées : la reprise de « Running up that Hill » de Kate Bush (qui ne m’a pas déçu comme Pierre), un titre du prochain album (une histoire de pie voleuse assez badine), un titre de circonstance tiré de Lycanthropy (« Paris » dans une magnifique version au piano), et enfin, après une seconde d’hésitation (n’allait-il pas plutôt terminer sur « Land’s End » ?), une conclusion sur « The Libertine », parfaitement dans la note de ce concert plein d’énergie, et très chaleureusement accueilli par un public visiblement conquis au fil des titres.

La suite est plus difficile à analyser, pour moi tout du moins. Résumé des épisodes précédents : Cocorosie est un groupe dont la Blogothèque a beaucoup aimé le premier disque, La Maison de mon Rêve , si bien que le second a suscité des réactions extrêmes, au fil d’un Cocofight anthologique qui vient d’être mis en ligne. Bref, ça back-lashait sec dans les ruelles de la Blogo. Pour ma part, j’avais à peine jeté une oreille sur le « Bisounours » par lequel le scandale était arrivé, et j’attendais sans a priori trop négatif le concert des deux donzelles.

Ca commence comme de la poésie expérimentale pour adolescents (spoken word posé sur des samples), ça continue par du folk post-moderne (horriblement mal chanté, il faut le signaler, mais c’est encore ce qui m’a le moins déplu), avant de sombrer dans du tout-venant hip-hop / soupe assaisonné de vocalises dignes d’Arielle Dombasle et de samples tirés de « la dictée magique ». Visuellement, la scène est la plupart du temps plongée dans le noir pour laisser la place aux vidéos illustratives qui passent derrière le groupe (paroles des chansons recopiées sur des cahiers d’écolier, extraits de la série « Bisounours » quand passe le morceau incriminé, etc). Tout ceci reçoit de la part du public un accueil absolument triomphal : « Bisounours » est particulièrement acclamé (même si personne ne se hasarde à danser sur les rythmiques pseudo hip-hop). Plein de perplexité, je quitte la Cigale sans attendre les rappels, et en remettant mes écouteurs et l’album de Patrick Wolf, je me dis que j’ai fait un pas vers l’intégration sociale et la normalité : moi aussi, maintenant, j’ai un avis sur Cocorosie.