A ma droite, la Blogothèque, une armée consacrée à la défense du bon goût, en pleine guerre civile depuis qu’ils ont pu écouter un advance de cet album sur les réseaux peer-to-peer . Plutôt que de laisser les rancœurs s’accumuler, chacun a résumé ici ce qu’il pense de cette arche de Noé pas très chaste. Que celui qui fait preuve du plus de mauvaise foi gagne.

pas.longtemps , 16/20
Cocorosie, c’est comme une goutte de Chanel dans une mer d’eau de cologne. La voix aux nez pincé, c’est comme les mots doux d’un ange parmi le bruit blanc de la foule. Antony en guest star, c’est comme une mêche dorée dans la perruque d’Elton John. Bisounours, c’est comme une peluche rebelle parmis les rayons de Toys R Us… et c’est faire peu de cas des allitérations que de la traduire en anglais.
LeK , 13/20
Les cris d’animaux et le piano fischer-price sont à la longue plus
fatigants qu’agréables, cependant l’album ne manque pas de charme, il
se laisse écouter…
Un tropico… Coco !?
Pierre , 13/20
Régulièrement, un album sorti de nulle part devient en quelques semaines la coqueluche de tout le petit monde de la musique indé, qui s’enflamme en choeur et évoque en quelques phrases gorgées de surperlatifs une sensibilité à fleur de peau ou un sentiment d’urgence irrépressible. De ce point de vue, 2004 fut clairement l’année de CocoRosie qui avait décroché le jackpot critique en mêlant l’instrumentation ludique de Pascal Comelade et la voix de Joanna Newsom dans des chansons qui existaient à peine à force de fragilité.
Souvent, cet amour irrationnel ne dure pas et on observe alors un basculement subit dans l’excès inverse. Ceux-la même qui avaient porté l’album aux nues se rendent compte avec effroi que la coqueluche est en fait une maladie contagieuse et brûlent ce qu’ils ont adoré dans ce qui s’apparente à un sacrifice rituel, espérant ainsi expier leur enthousiasme passé. Comment expliquer autrement que ce deuxième album de Cocorosie qui est, à mes oreilles du moins, une sorte de copie carbone du premier, puisse générer de telles réactions de rejet ? Mystère. Le fait d’avoir trouvé le premier album intéressant sans plus me permet de me draper ici dans une rassurante continuité d’opinion et de toiser les girouettes qui m’entourent d’un air goguenard. Noah’s Ark n’est pas une catastrophe, c’est un album intéressant comme le précédent, l’effet de surprise en moins.
Jamais Content , 11/20
Un disque mineur dans un genre majeur.
Chryde , 12/20
D’autres résument leur sentiment global bien mieux que moi sur cette page. Je ferai pour ma part une analyse morceau par morceau, qui correspond mieux à mon sentiment vis à vis de ce disque : j’ai beau l’avoir écouté des dizaines de fois je n’arrive pas à le considérer comme un album. Trop de morceaux déjà entendus en concert, trop de morceaux anecdotiques ou horripilants venant polluer les quelques réussites. Et s’il fallait résumer : trop de harpe, de nez et de vocalises. Trop de grimace gâchent les caresses.
Les trois premières ont souvent été chantées en concert. K-Hole est anecdotique, Beautiful Boyz meilleure, je l’aimais beaucoup en concert mais je ne suis pas sûr que la présence d’Anthony soit ici bien justifiée… Je la trouvais plus réussie avec les deux soeurs seules, et le mixage est étrange, on dirait que l’androgyne a piqué le micro. South 2Nd est réussie, en grande partie parce qu’aucune des soeurs n’y minaude.
Au final, je me dis qu’après les avoir vu quatre fois en concert, je sais comment elle font leur tambouille, et c’est dommage. Bear hides and Buffalo par exemple. Je ne la connaissais pas, mais j’imagine tout à fait leurs jouets, la manière ont elles ont fait ça. Elle est d’ailleurs ridicule cette chanson. Etonnant comme j’ai été délicieusement surpris d’entendre la voix de soprano de Sierra en concert, mais comme là elle me semble ridicule et superflue. De manière plus générale, je ne trouve pas ça affreux, mais j’ai l’impression qu’elles se caricaturent : Bianca se pince le nez plus que de raison et fait des manières, c’est agaçant, par exemple. Les bruits de jouets sont trop mis en avant. Pour moi, CocoRosie c’était une recette qui marche, pleine d’équilibres subtils et instinctifs. Mais voilà, elles en ont pris conscience, et maintenant elles s’appliquent…
Tekno Love song est superbe, fragile, grâcile : on retrouve l’évidence des débuts. The Sea is calm me fait flipper.
Noah’s Ark est la première de l’album à proposer un peu de nouveau. Sierra chante la première, sans filtre, et on pourrait presque danser dessus. Mais l’arrivée de la voix de paysanne mongolienne me gonfle là dessus.
Milk est une grande énigme. Armageddon est rigolote. Je l’aimais bien en concert, je trouvais déjà le côté gospel de la mélodie réussi, je trouve ça bien qu’elles aient eu l’idée de le renforcer. Et imaginer Antony se trémousser avec un tambourin ça me plait… L’un des morceaux les plus réussis de l’album.
Brazilian Sun ferait un bien joli interlude de France. Sur Bisounours , aucun commentaire. Enfin, Honey of Tar est sans doute, avec Tekno Love Song , la plus belle. La plus fidèle au premier, la plus douce, la moins grotesque.
Godspeed , 08/20
Si Noah’s Ark a un maigre intérêt, c’est celui de rappeler, et de
souligner, à quel point la réussite de La Maison de Mon Rêve était
miraculeuse, disque fragile et subtil, avançant tel un funambule sur
le fil, maintenant son équilibre instable avec une inflexible grâce.
Ici, le fil s’est brisé, le funambule s’est cassé la gueule et la
recette magique ne fonctionne plus : les croquis au pastel sont
devenus des gribouillis au feutre, l’innocence s’est muée en
enfantillages, la collaboration avec Antony ne crée aucune étincelle,
les tics et minauderies pullulent comme autant d’artifices gênants. Le
plus frustrant dans Noah’s Ark, c’est surtout l’impression que c’est
un album paresseux qui récite sa leçon sans conviction ni inspiration,
qu’avec un peu plus de travail et de finitions, certaines de ces
chansons auraient pu convaincre, émouvoir et se débarrasser de
l’indigence qui les caractérisent le plus souvent (est-ce vraiment la
peine de reparler de la preuve à conviction Bisounours ?). Par
intermittences, le talentueux CocoRosie se rappelle à notre bon
souvenir, le temps de quelques harmonies vocales, d’un refrain par ci,
d’une rythmique par là, et d’une poignée de bonnes chansons
(Armageddon, Honey and Tar, quoi d’autre ?) mais au bout compte, ça ne
pèse pas bien lourd. On écoute tout ça 3-4 fois puis on l’abandonne
sans remords dans son coin, se souvenant qu’il y a des choses plus
importantes dans la vie que d’écouter des disques aussi inconséquents
et dénués de substance. En fait, Noah’s Ark est un album qui ne met
même pas en colère, il laisse parfaitement indifférent : à mon
avis, c’est encore pire.
Vincent Noiray , 07/20
CocoRosie fait partie de ces groupes mineurs qu’une presse musicale somnolente et en mal d’enthousiasme élève tout à coup au pinnacle. Que des américaines à la voix un peu particulière sortent un album dont le
titre est en français et la hype part en flèche. Disque honnête, avec deux trois morceaux de bonne facture, « La maison de mon rêve » n’avait pourtant rien pour faire grimper aux rideaux. Il s’agissait surtout
d’inventer une énième scène, cette fois autour de Devendra B., pour exciter un public en mal de sensations. Soit. Le deuxième album, « Noah’s ark » rend plus évidente encore la médiocrité et le manque d’inspiration de ces jeunes filles, qui ne provoquent qu’ennui et baillements. Il y a bien le featuring de luxe de rigueur (Antony) mais cela ne suffit pas à
réveiller l’auditeur. Ce n’est pas même affreux. C’est juste insignifiant.
Manur , 05/20
On ne mesure une catastrophe qu’à la qualité de ce que l’on perd. Un tremblement de terre au Kazakhstan, par exemple, ne nous fera pas grand effet, tandis que le même à Limoges, « avec toute la porcelaine », ça ferait les gros titres. Noah’s Ark n’est donc pas catastrophique parce qu’il est raté, mais parce qu’il nous fait mesurer à quel point il n’est que la succession de douze tentatives ratées de refaire La Maison de Mon Rêve.
Le songwriting des sœurs Cassidy a viré à la recette, joujoux bipant et tics de voix, absence d’instrumentation ostentatoire, mélodies rachitiques, miaulements, et vocalises interdites par la Convention de Genève. Toute la grâce funambule du premier album s’est ici cassée la binette. Seule tentative d’originalité, l’intervention d’Antony sur un titre qui, s’il est raté, a le mérite de n’être pas le plus ridicule, palme revenant évidemment à Bisounours, une métaphore faiblarde sur la défloration (rappée en français…) associée à une peluche pour fillettes ! Chapeau l’artiste.
Fandor , ??/20
Pour ma part, toujours pas écouté ni le 1er ni le 2ème album de CocoRosie : j’attends le troisième, et que les gens se mettent d’accord, pour déterminer si ça mérite ou pas 1/2 heure d’oreilles disponibles.
Un commentaire à ajouter ? D’accord mais uniquement avec une note sur 20, et avec humour.





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