Juillet, août, deux mois de vacances, de soleil, de musique. Alors suivons le flux du rock ‘n’ roll, et profitons-en pour sortir parfois un peu des sentiers les plus battus et découvrir des belles surprises.
Blonde redhead
Début juillet, donc, Blonde Redhead est en France pour quelques dates. Maubeuge, Nantes, Clermont Ferrand. Va donc pour le Puy de Dôme et la Coopérative de Mai, copieusement remplie pour accueillir le trio cosmopolite new yorkais. J’avais un peu peur des feulements de la chanteuse et de ses simagrées. Craintes vite dissipées : si la salle est effectivement non-fumeur pour respecter les bronches de la belle, sa voix est puissante et nette, et elle ne minaude pas. Elle est sexy, elle bouge bien, dans sa belle robe blanche. C’est indéniable. Et puis il y a le son du groupe. Le premier morceau est renversant. C’est Falling Man , tiré du dernier album du groupe, Misery is a butterfly . Un son pur et puissant à la fois, qui fait réellement frissonner. J’ai rarement connu une telle intensité. Ce sera d’ailleurs le climax du concert. Après un tel début, le groupe se maintient à un excellent niveau même s’il ne retrouve pas la magie initiale. Attitude, son, chansons à l’écriture à la fois savante et concise, Blonde Redhead est un très bon groupe de rock’n'roll, qu’il faut vraiment voir sur scène.
Melt! Festival
Après cette escapade auvergnate, je mets le cap sur l’Allemagne de l’Est, et plus précisément Gräfenhainichen et sa “Ferropolis”, la cité de l’acier, un saisissant complexe sidérurgique transformé en lieu de la mémoire industrielle de l’ancienne puissance communiste, et caractérisé par la présence de grues géantes et impressionnantes. C’est accessoirement, le siège pour deux jours du Melt! Festival. On s’installe au camping, et tout de suite éclate un orage assez violent mais bref. On se réfugie, sur le chemin, dans un petit abri où on écluse nos premières bières. Le festival est sponsorisé par Beck’s, ça change de la Heineken. En bien mieux.
Premier constat, les tarifs sont très abordables, l’organisation est bien rodée, il n’y a pas trop de monde, et surtout pas un étranger. Nous sommes entre Allemands et on fait un peu tache, mais on nous considère avec une bienveillance amusée lorsque nous commandons nos Bratwürste et nos bières. On entre dans l’enceinte du festival lui-même, c’est vaste, on se promène sans bousculade entre les quatre scènes, on accède aux bars sans faire la queue. C’est presque aussi grand que Benicassim avec trois fois moins de monde. La grande scène, elle, est beaucoup plus petite qu’à Benicassim, et c’est tant mieux. On peut aller dans les premiers rangs facilement, et avoir bien assez d’espace pour respirer à l’aise. L’orage nous a fait manquer Maxïmo Park , donc je n’ai pas d’avis sur la question, mais j’aurais bien aimé entendre leur tube Graffiti .
C’est donc avec The Cribs que je commence le festival, pour une honnête prestation punk poppy qui ne restera pas dans les annales. Une sorte de Supergrass des débuts, la facilité mélodique en moins. Ce sont les dandys versaillais de Phoenix qui enchaînent ensuite : ce qui frappe d’abord, c’est à quel point leur look très étudié, leurs costumes qu’on imagine dessinés par Hedi Slimane, tranchent avec la coolitude naturelle des Allemands, bien loin de toute hype. J’ai du mal à cacher mon agacement en voyant ces coupes de cheveux, ces mines un peu hautaines. Mais le groupe enchaîne ses tubes R’N'B pop de luxe, assez irrésistibles à dire vrai, et le public répond avec enthousiasme. Les jeunes allemandes se trémoussent, et les musiciens perdent peu à peu leur pose pour laisser place à un vrai enthousiasme et à un plaisir de jouer assez communicatif. Le concert est donc une bonne surprise et se conclut dans la bonne humeur, par des ovations nourries.
Mais le meilleur est à venir puisque arrive l’heure des héros locaux, de mes héros personnels, qui ont justifié à eux-seuls ma présence dans cette exotique contrée : Tocotronic
, dont je vous parlais déjà l’année dernière.
Le trio de Hambourg est devenu quatuor, et je trépigne d’impatience de les voir jouer à domicile, devant un public qui les connaît par cœur. La dernière fois, c’était en 2003, au festival Primavera pour une prestation sans passion devant un public clairsemé. Cette fois, c’est parti en douceur avec un morceau de leur excellent dernier album, Pure Vernunft darf niemals siegen
, le très doux Ich habe Stimmen gehört
. Le délire commence immédiatement après, lorsque le groupe entame Das Geschenk
puis Jackpot
, deux morceaux de l’album KOOK
. La foule connaît tout par cœur, effectivement ; les gens dansent comme des damnés. Il faut dire que sur la scène, le groupe assure à mort : le son est précis et tranchant, les mélodies frappent, le chanteur Dirk Von Lowtzow a une présence terrible. Tocotronic est un grand groupe de rock ‘n’ roll c’est confirmé. Une heure et vingt minutes passent comme un rêve, et c’est déjà fini. J’ai rarement autant transpiré à un concert en plein air, d’autant plus que c’est loin d’être la canicule.
Mais vite, il faut se précipiter sous la tente qui accueille le concert de Klee , groupe dont je ne connais qu’une chanson, le tube parfait Erriner Dich , sorte de mélange entre New Order et St Etienne en état de grâce. De fait, le groupe dégage une belle énergie, derrière une chanteuse survoltée, outrageusement sexy. Chaque titre sonne un peu comme du Bis au sommet de son art. La Beck’s est vite éliminée… La chanteuse danse avec en main des projecteurs portables, avant de finir par se doucher à la bière. Encore une belle surprise.
Un peu d’air frais, le temps de constater que sur la grande scène, Wir sind Helden ennuie rapidement. C’est un groupe qui a l’air de ressembler aux Rita Mitsouko, qui se voudrait festif mais qui n’est que poussif. Retour donc sous la tente pour assister au mix des deux Tiefschwarz , et là c’est énorme : deux heures et demie de tubes house et électro pop, histoire de nous ruiner définitivement les jambes. Résultat, claqués, on rentre alors qu’il est à peine trois heures du mat’. On ne s’est échappés que par intermittences pour constater que Bloc Party ne vaut pas grand chose, que c’est une groupe de post-punk plutôt lassant, sans imagination et arrogant. On s’en va donc tandis que sur la grande scène s’ébat Roisin Murphy, mais on n’a pas la force de l’écouter, bien que les gens ici aient l’air de faire grand cas de son premier album solo.
Retour le lendemain pour le même programme : bière, saucisses et bonne musique. On commence avec un jeune espoir local, Jens Friebe , qui mêle assez agréablement power pop et comptines electroniques, dans un esprit proche de Baxendale. C’est pas désagréable du tout, même si c’est pas transcendant non plus. Arrive ensuite le maestro de la Neue Deutsche Welle , Andreas Dorau en personne, et ses deux accolytes vêtus comme lui d’une magnifique chemise de broker, bleue rayée à col blanc. Quelques sangliers arriveront ensuite. En attendant, les tubes s’enchaînent, comme dans un rêve, chansons electro mélancoliques ou carrément neu neu, mais ultra-festives, tels les mega hits Girls in love et surtout So ist das nun mal . Il est à peine neuf heures du soir et déjà l’euphorie a gagné le Melt ! Festival.

L’euphorie ne se calme pas avec le groupe, suivant, 13 & God , c’est-à-dire l’heureuse association entre les Allemands de The Notwist et le rappeur américain Dose One . La fluidité et la mélancolie du groupe se trouvent presque aggressées par la rapidité du flow de l’homme à l’étrange houpette, sorte d’hystrion surmoderne et totalement unique. Le mélange prend et atteint par moment une tension étrange qui prend aux tripes. Ce concert casse gueule est une vraie réussite.
On va ensuite rôder un peu du côté de la scène des DJs, Akufen est en train de livrer un set minimal de qualité, mais sans grande surprise, puis vient Chloë , bien connue des Parisiens, qui elle-aussi s’en sort honorablement sans vraiment déchaîner les passions. On retourne sur la grande scène, c’est The Faint qui officie. Malgré quelques tubes issus de Danse Macabre , le groupe ne parvient pas à remuer un public qui pourtant ne demande que ça. Un concert en demi-teinte, pour ce que j’en ai vu. The Faint reste longtemps sur scène, puisque c’est la bande de leur boss du label Saddle Creek qui leur succède, et qu’ils accompagnent.
Bright Eyes est censé être un des moments forts du festival, mais quelque chose cloche. Déjà, donc il y a trop de monde sur scène, trois guitares, trois claviers, deux batteries, des cordes, etc. Le son est assez cafouilleux, et manque de clarté. Et Conor Oberst en fait des tonnes dans le registre de l’adolescent torturé et sensible. Il arrive sur scène après une longue intro, vêtu son petit blouson à capuche (qu’il mettra un bon quart d’heure à enlever). Il commence par jouer des claviers, prenant des positions bancales et souffreuteuses assez pénibles à voir.

Finalement, il se décide à parler et c’est pour lâcher des phrases du type “We’re from very far away, Omaha, Nebraska, but you’ve probably never heard of it” prouvant qu’il prend les Allemands pour des débiles, ou alors “this song has been written by an American hero, i know it sounds like an oxymoron to you but there are some of them”, ou encore, après avoir éclusé force bières, “you should drink lots of water, it’s good”. Passionnant. Le vrai problème, en fait, est que la faiblesse du songwriting de la plupart des chansons du doublé de cette année ressort cruellement sur scène, même noyée dans la masse instrumentale. Par comparaison, les chansons issues de “Lifted…”, par exemple, sont largement meilleures, et me font regretter de ne pas avoir vu Bright Eyes plus tôt. Le concert n’est pas affreux, loin de là, mais je reste sur ma faim.
Après, c’est Underworld , et c’est vraiment infâme, de la soupe trancy catastrophiquement atroce. Alors il faut fuir, et je découvre que Benjamin Diamond est devenu un rockeur, accompagné sur scène par les jeunes espoirs Housse de Racket et par Lionel “Flairs” Rault à la basse. C’est pas mal du tout, dans le style mod, assez pêchu et catchy. Whitey n’a que peu joué pour cause de combat en coulisse, c’était n’importe quoi le bassiste ne voulait pas monter sur scène. On finit par aller danser sous une immense grue, au son des tubes indie que joue le DJ du Karrera Club berlinois. Le festival se termine ainsi, dans l’euphorie la plus totale.
Certes, j’ai raté pas mal de trucs, comme Fischerspooner ou Michael Mayer , mais en deux jours je me suis rassasié de très bons concerts, sans jamais avoir connu la sensation d’étouffement qui m’a fait fuir Benicassim depuis quelques années déjà. Le Melt! me fait précisément penser au Benicassim des débuts, dans le vélodrome. Deux jours à 45 € dans une ambiance excellente, un cadre et un camping agréables. Bref, chaudement recommandé pour quiconque n’a pas peur d’aller en Allemagne de l’Est en plein cœur du mois de juillet.





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