Lucka, 30 ans, jardine confidentiellement dans son appart’. Il y cultive de jolies choses, y fait pousser, avec toute la patience requise, de belles mélodies qu’il a parfois l’audace de croiser à des collages aussi ludiques que touchants.
Il fallut toute l’abnégation d’un proche pour que, il y a plus d’un an, notre homme se retrouve enfin projeté sur une scène. Démarche quelque peu « forcée », appréhensions, obstacles techniques, challenge, ultimatum… et premier déclic : Lucka retire de cette aventure un plaisir insoupçonné, celui de jouer pour d’autres, pour des inconnus capables de manifester aussi bien leur désapprobation que leur engouement. Et il y trouve aussi, dans la foulée, la motivation et l’énergie pour enfin s’occuper des mots, jusque-là grands oubliés de ses compositions : première chanson, et nouveau déclic.
On le découvre 6 mois plus tard sur la scène d’un petit café-théâtre de la région namuroise, qui vit, en son temps, naître notre chanteur. Car désormais l’homme est bel et bien chanteur. Fort de plusieurs textes, sa prestation alterne compositions instrumentales et morceaux chantés. La langue est maniée avec dextérité, la musique produite avec intelligence et subtilité, les émotions sont délicates et souvent nostalgiques. Mais point de renoncement au collage, et c’est pêle-mêle que l’on retrouve ici et là des extraits de film, des bouts de messages laissés sur son répondeur ou les témoignages authentiques et touchants d’autochtones du festival de Dour.
Acrobate poétique, jamais clown, c’est à un beau numéro de funambule que l’on assiste. La prestation est fine et délicate, souvent savante, parfois grave, jamais futile. On en ressort conquis, touché par la musique autant que la personne.
On le retrouve quelques mois plus tard, autour de quelques Chimay bleues afin de revenir un peu sur son parcours, ses inclinaisons pour la musique de film, ses projets, Dominique A et de nombreux autres détours des plus plaisants.
Sa première démo, sobrement intitulée « Démo 2003″, est antérieure à ses premières prestations scéniques et ne comporte dès lors que des compositions instrumentales. En nous la remettant à l’époque, son auteur nous explique que l’idée initiale était surtout de tenter de composer « pour le ciné, etc. » En creusant la question aujourd’hui, on découvre bien vite que le cinéma est plus qu’un médium possible et constitue, pour Lucka, une de ses sources d’inspiration privilégiée. « Je compose surtout à partir « d’états » « , nous explique-t-il. « Dans des moments où je ressens quelque chose de fort et j’ai l’envie, pour pas dire le besoin, de retranscrire cela en musique. Quand par exemple, je reviens d’avoir vu un film qui m’a particulièrement touché, je peux composer ensuite pendant des heures. Les films sont sans doute les expériences les plus susceptibles de me mettre dans cet état. Autant je peux apprécier un concert et être fort impressionné par la prestation d’un artiste dont on pourrait légitimement croire qu’il va m’inspirer, autant ce sont surtout les films qui me font cet effet, d’une manière parfois incroyable « . Et de nous confesser que « (dans un film) il m’arrive même parfois d’imaginer la musique que j’aurais pu jouer sur certaines scènes « . Bref, voilà un exercice qui semble taillé sur mesure et auquel il faudra bien un jour qu’il se livre enfin.

Mais Lucka nous confesse aussi vite qu’il n’entend pas pour autant renoncer à la chanson. Trop ravi d’avoir découvert cet exercice particulier, il entend bien préserver pour l’instant cet équilibre entre instrumentaux et chansons. « Jusqu’à présent j’avais trouvé dans la musique le moyen d’exprimer des choses qui, j’ai l’impression, n’auraient pas pu sortir autrement. Avec les textes, c’est clairement la même chose qui se passe. Je parle de moments qui me tiennent à coeur, de choses dont je ne pourrais pas nécessairement parler aussi facilement. C’est une autre manière de sortir tout ça, mais ça me plait aussi beaucoup. J’ai maintenant pas mal de textes en chantier et c’est vraiment libératoire. »
Et on ne peut parler du chant sans aborder, à un moment ou un autre le cas Dominique A. C’est que, assez étrangement, malgré un timbre de voix beaucoup plus grave, le chant ne manque pas de rappeler certaines contributions de l’illustre parrain. Et si Lucka ne cache pas son attrait pour celui-là, il tient néanmoins à garder une juste distance avec la référence. « Si j’étais dans une démarche telle que je cherchais absolument à faire du Dominique A, mais sans que ça se voit trop, là je serais embêté qu’on me parle de lui, car j’aurais un peu raté mon coup. Mais je ne suis pas dans cette optique-là. Au départ je ne pense pas à faire du Dominique A. Je fais mes propres trucs. Et si quand je commence à chanter on le cite pour décrire ce que je fais et bien soit, et je vais sûrement pas m’en vexer. Mais je ne pense pas courir derrière cette filiation. » Et de fait, il n’est qu’à écouter la musique pour s’en convaincre. La comparaison tient sans doute aussi au fait que, jusqu’à présent, sur scène, Lucka se produit seul, jonglant avec les boucles et le faisant avec une intelligence et une dextérité qui n’est pas sans rappeler les prouesses solos du Nantais. Cependant, il nous faut avouer qu’entre le moment où nous avons écrit ces lignes et celui où nous les publions nous avons pu constater à maintes reprises combien les influences étaient nombreuses et ne pouvaient en aucun cas se résumer au seul Dominique A. Le chant lui-même évolue, s’adapte, se pose lentement et, à force de maturation, se fait plus personnel et plus authentique à la fois.
Qu’on ne s’y trompe donc pas! On ne tient pas ici simplement la bonne copie d’un disciple singeant habilement les prestations de son maître. Déposséder la musique de Lucka de son caractère intime et personnel, contester l’originalité profonde de sa démarche tiendrait de l’hérésie la plus totale. Car voilà bien une musique intimiste, inspirée des passions secrètes de son auteur. Une musique qui fait écho à ses émotions, à ses expériences affectives les plus personnelles. Voilà bien la démarche pure et sincère de quelqu’un qui compose, encore et toujours, avant tout pour ses plantes vertes, comme d’autres se répandent sur les divans des psys.
Petit à petit, Lucka ouvre les portes de son jardin d’hiver, fait voyager ses mélodies et les offre, au gré des prestations et des opportunités, aux oreilles curieuses et sensibles rencontrées en chemin. C’est dans cet esprit qu’il a accepté de collaborer avec la Blogothèque pour vous offrir ces 5 titres, objet hybride et « de transition « , reprenant 3 titres (dont un revu et corrigé) de « Démo 2003″ et 2 inédits, spécialement enregistrés pour l’occasion. Lucka s’y essaye à de nouvelles choses, enregistre enfin sa voix, explore de nouvelles choses et nous fait le cadeau d’assister à ce long travail d’éclosion, patient et délicat, qui, à n’en pas douter, donnera naissance à une belle aventure musicale et humaine.
En espérant que vous saurez vous en délecter autant que nous, voici donc, à télécharger entièrement, de quoi rafraîchir vos chaudes nuits d’été, 5 morceaux réunis sous le nom de « Démo 2005″.
Tracklisting :
1 – L’impasse, extrait de « Démo 2003″
2 – Le doute
3 – Le soleil a un souvenir, version 2005
5 – A chacun son Dour, extrait de « Démo 2003″
Pour contacter Lucka :
lucka [@] laposte [.] net





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