Retour sur le Primavera festival qui en mai 2005 délaissait le mythique « Poble Espanol » pour relancer l’aventure musicale sur un nouveau site, tout aussi étonnant, « El Forum ». Rencontres surprises, éclats de rire, fortes émotions musicales et Zoulk à gogo.
Samedi, normalement, c’est bien connu, c’est ravioli. Pour une fois ça sera Paella. Du coup on manque Text Of Light
dont un ami nous avait dit le plus grand bien et on arrive tout juste à temps pour voir une partie du concert de The Czars
pour lesquels je ne trouve étonnamment pas grand-chose à dire. Pas vraiment eu l’occasion de rentrer dans le concert, ai donc préféré aller prendre une bouffée d’air frais et digérer, en bord de mer, avec Don nino.
En ce dernier jour de festival, une scène entière sera en effet consacrée aux artistes français. Don Nino ouvre le bal devant quelques spectateurs égarés. Les parisiens offrent pourtant un set sans faute, délicat, bravant le soleil de plomb qui leur fait littéralement face (lunettes de soleil obligatoires sur scène). Le peu de public présent, encore un peu endolori et endormi par les excès du vendredi, n’opposera cependant aucune résistance et se laissera, peu à peu, convaincre par le groupe.
Quelques instants plus tard on assiste aux deux premiers titres d’une Coralie Clément pour laquelle je n’avais aucun a priori. Très rapidement j’ai compris qu’il me fallait cependant impérativement aller voir ailleurs au plus vite si la musique n’y était pas, faute de quoi la journée allait bien mal commencer. On fait alors le tour des scènes (mis à part celle de Vic Chessnutt , ce dont je ne saurais me justifier) et force est de constater que si il y a bien eu un moment mort durant ce festival ce fut celui-là : Christina Rosenvingen , Mate , Garzon , rien, absolument rien de convaincant.
On revient donc à la scène française voir Bertrand Betsch défendre sur scène un album que j’avais trouvé, certes pas révolutionnaire, mais néanmoins très agréable. La formule n’est pas extraordinaire, sur scène les compos peinent à décoller et il faut, pour se convaincre que tel ou tel morceau est bon, convoquer les souvenirs accumulés lors des écoutes du disque. Bref, on oublie bien vite et on se dirige vers le chapiteau.
Là on assiste à la performance des Madrilènes de Grabba Grabba Tape dont on avait déjà entraperçu quelques photos de concert. Celles-ci avaient très clairement éveillées notre curiosité, pour ne pas dire notre impatience. Duo masqué (avec goût ; cfr photo) dont on pourrait croire qu’ils sont une version sous ecsta d’improbable Daft Punk qui aurait choisi d’écouter leur côté punk (plutôt que leur côté Daft), leur label Gssh Gssh! dit très justement à leur propos : « Too Pop to be noisy and to noise to be yummy. Keyboards and drums mixed with a annoying vocoder blah blah blah… Just hug them, love them and give them food ». Rien à rajouter ! Après deux titres, ils quittèrent la scène laissant derrière eux un public à la fois conquis, ébahis et surexcité.

Le samedi étant la journée des contrastes, on alla ensuite voir Francoiz Breut . On ne va pas vous mentir, cette Francoiz, depuis qu’elle n’est plus avec Dominique A, on ne l’a plus jamais vraiment porté dans notre cœur (sans pour autant véritablement la maudire) et on a jamais vraiment cru qu’elle serait capable de construire une carrière loin de son ancien compagnon de jeu. Et, trop sceptique pour être honnête, je n’ai jamais vraiment voulu ni faire l’effort de bien écouter ses deux premiers disques, ni faire le pas d’aller voir l’une de ses prestations. Jusqu’à ce dernier album, Une saison volée , qui a véritablement balayé toutes mes préjugés. Bien sur, son meilleur tire est encore celui écrit par Dominique A (« kilomètre 83 », lequel rivalise avec «Ultimo» de Fabio Viscogliosi), mais en choisissant de varier, avec beaucoup de finesse, ses collaborations, Mme Breut a su construire un album riche et délicat qui ne soit plus seulement celui d’une « ex sous influence ». Et ce samedi fin d’après-midi, visiblement ravie d’être là et superbement accompagnée, Francoiz Breut interprète ses morceaux avec grâce, touche le cœur de ses auditeurs et repart sous des applaudissements nourris. Dont les miens, mes bras redoublant d’effort pour remercier et féliciter la dame. Désormais totalement sous le charme et conquis, voila une conversion dont je ne suis pas mécontent.
Continuant notre slalom entre scènes, atmosphères et styles musicaux, on part ensuite rejoindre les très attendus The Dirtbombs , groupe de soul-rock garage dont les disque nous promettaient une prestation survoltée. Et je ne fut pas déçu, même si, encore une fois, les espagnols semblent décidemment trop réservés : il n’y avait guère que quelques anglais et quelques belges pour bouger un peu et se laisser emporter par les riffs endiables de Mick Collins et ses acolytes. Il y a même eu un espagnol particulièrement coincé pour nous expliquer que nos déhanchements avaient gâché le concert d’une bonne partie de l’audience. On croit rêver. A croire qu’ici on a du assister au concert de Nirvana assis par terre, les yeux fermés en effeuillant des marguerites. Certains se sont suicidé pour moins que cela… Bref, revenons en à The Dirtbombs. 10 ans d’existence déjà pour ce groupe de Detroit qui compte à son actif 3 albums et demi et une flopée de singles édités en 45 tours aujourd’hui compilés sur un double CD, « If you don’t already have a look ». Deux basses, deux batteries, un leader charismatique à la gratte et une formule bien rock’n'roll ; une vraie bouffée d’air dans ce festival. On regrettera certes que la formule atypique ne livre pas un résultat plus tranché, un son plus à part. Mais on se réjouit tout de même d’avoir enfin vu ce groupe qui nous faisait fantasmer depuis des mois et que nous désespérions d’enfin voir à l’affiche de l’un de nos festivals locals (programmateurs, soignez votre flair, que diable !).
Encore trempé de sueur et sous le coup de l’excitation, on court rejoindre la scène française pour assister au concert de Dominique A : vives les transitions. Décidé à en finir (au moins temporairement) avec une formule certes efficace et impressionnante, mais désormais usée jusqu’à la corde, Dominique Ané a décidé, lors de la sortie de son dernier album de revenir sur scène accompagné d’un groupe. Déjà vu il y a plusieurs mois à Bruxelles, cette formule nous avait laissé une impression positive. On avait certes de temps à autre éprouvé quelques réticences à entendre certains titres désormais ponctués par tel ou tel arrangement osé, mais globalement la nouvelle version nous avait convaincu et enthousiasmé. Monsieur A avait encore une fois réussi à renouveler audacieusement et finement son répertoire. Le concert du Primavera (où il avait justement joué, l’année dernière, l’un de ses derniers concerts en solo) n’est en rien venu démentir cette impression. Que du contraire, on sent que la répétition des concerts a permis d’affiner les interprétations, qu’à force de prestations la confiance s’est définitivement installée, permettant de véritablement sublimer l’interprétation de titres tels que « la Peau », « la Bowling », ou « En secret ».
Quelques minutes de Sonic Youth et on rejoint ensuite Astrud pour une énième réjouissance. Découvert ici même grâce aux billets de Fandor, on attendait une prestation intimiste et déconcertante. Notre surprise fut importante lorsque l’on comprit que le public s’était déplacé en masse pour voir les Espagnols, renonçant pourtant ainsi à une tête d’affiche séduisante (Sonic Youth). Et visiblement, si à Paris Astrud joue sur les trottoirs de l’Olympia, à Barcelone on connaît la chanson ! Refrains repris en cœur, ambiance euphorique, public qui, pour une fois, danse, saute et se laisse enfin aller… bref, carton plein pour le duo, accompagné sur scène de plusieurs musiciens. Servi par des mélodies prenantes, leurs textes souvent audacieux font visiblement mouche et semblent avoir conquis du monde.

On avait vu l’an passé, au Primavera, les membres de !!! (tchk tchk tchk) endiabler l’audience à coup de beat survoltés et ravageurs, le tout au rythme des déhanchements désormais célèbres de leur chanteur (lequel avait visiblement du mal à ne pas perdre pied… chimie, quand tu nous tiens !). XXXX est revenu cette année avec son autre projet, Out Hud , moins « funky », plus électro, mais toujours aussi furieux. On se réjouit de leur prestation, on saute, on exulte et on se dit que la nuit va décidemment être longue.
On ère ensuite à la recherche de nouvelles sensations fortes. Gang of Four d’abord. Sympa, mais sans plus. Une fin de Daniel Darc ensuite (oui, je sais, j’avais dit « sensations fortes »). Besoin d’autres choses. On se dit que ça va venir lorsque l’on voit les Olso Telescopic installer leur matériel. Masqués, une dizaine de personne s’affaire sur scène, et dans le public, à préparer un concert qui s’annonce des plus déjantés. On s’installe, on joue le jeu, on crie quand il faut, on s’impatiente quelque peu et finalement… force est de constater que l’on s’ennuie ! On décide alors d’aller plutôt voir les Georges Leningrad . Et quelle bonne idée ! Déguisés en improbables super héros, les canadiens déballent un set complètement fou furieux, qui se termine dans un apocalyptique punk électro que l’on est déjà impatient de revivre au plus vite.
Il est tard, les sons qui s’échappent de la scène où joue The Go! Team ne parviennent pas à nous détourner de notre route et l’on va rejoindre, un peu par dépit, la scène française où M83 est en train de jouer devant un public venu en masse. Malgré toute la bonne volonté déployée, le Français (duo devenu solo) ne parviendra pas à nous convaincre. Trop de choses se bousculent dans ses compos, on frise l’indigestion, on perd la tension qui habitait ses anciennes prestations… Non ! Décidemment, « c’était mieux avant ».
On se dirige alors vers la dernière étape de notre périple Barcelonais : Erlend Oye
, dont le set au festival de Dour 2004 avait été hallucinant, réveillant le cluber fou qui sommeillait (parfois profondément) en chaque festivalier. Prestation tout aussi « hallucinante » à Barcelone, mais dans un autre registre. Tout d’abord : mix maladroit que n’importe quel boutonneux de 11 ans aurait pu réussir les yeux fermés. Mais bon, passons, peu importe le mixage, pourvu qu’on ait l’ivresse. En guise d’ivresse, c’est plutôt une vieille gueule de bois à laquelle on a eu droit : un morceau de Bruce Springsteen et un autre de Dire Straits (Sultan of swing), … dans leur entièreté !… Il n’y a vraiment eu qu’un malheureux Human League pour réveiller nos articulations endolories, c’est dire ! On venait là dans l’idée de danser et de se tuer à l’ouvrage, quoi qu’il arrive… on repart en se disant qu’on ferait bien d’envoyer son CV aux organisateurs : pour un DJ set en fin de festival : même ma grand-mère aurait ses chances, apparemment.
Il fait jour, voila plus de 12 heures qu’on est sur le site du festival. On échange nos derniers tickets et on prend la route vers l’aéroport. Retour à la case départ, crevé, lessivé, la voix éraillée, de merveilleux souvenirs pleins la tête, des éclats de rires, des moments agréables avec tous nos compagnons de voyage… et désormais un affreux vague à l’âme si caractéristique des lendemains de veille. La fête ne fut pas parfaite, mais elle s’en approcha dangereusement !
C’est promis, l’année prochaine on remet ça. Dans quelques mois, avant même l’annonce des premiers noms, on achètera à nouveau nos tickets les yeux fermés, confiant et déjà impatients. Car on ne voit décidemment pas de meilleure manière de fêter le printemps et d’entamer dignement une saison de festival qui s’annonce déjà longue et heureuse.
PS : mon appareil est tombé en rade ; les photos ne sont donc pas de moi… merci le site officiel et merci Google.





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