La Blogothèque

Primaverazoulk 2005, jour 2

Retour sur le Primavera festival qui en mai 2005 délaissait le mythique « Poble Espanol » pour relancer l’aventure musicale sur un nouveau site, tout aussi étonnant, « El Forum ». Rencontres surprises, éclats de rire, fortes émotions musicales et Zoulk à gogo.

Vendredi, à 16H, il FALLAIT aller voir Nacho Vegas . Trois ans déjà que j’espérais cette rencontre avec LE monsieur du paysage alternatif espagnol. Proche de Migala et de Emak Bakia , auteurs d’albums splendides et maintes fois acclamés, Monsieur Vegas avait marqué de sa musique et surtout de ses textes certaines de mes plus belles séances de contemplations musicales. Et l’ayant malheureusement manqué lors de la dernière édition du Primavera (tous ces kilomètres pour finalement le louper !), c’est donc au pas de course, cette année, que je me suis rendu sur le site dès l’ouverture des portes pour venir m’installer, par terre, à 3 mètres du bonhomme. Et la tête enfouie dans sa crinière blonde, Nacho Vegas fut à la hauteur de toutes mes espérances. Accompagné de son groupe, il jouera essentiellement les titres de son dernier album, « Desaparezca aqui », dont une première écoute m’a déjà permis de battre le rappel des superlatifs. Des textes d’une poésie sidérante, un phrasé et une voix qui glacent et bouillonnent à la fois, une musique que l’on imagine composée au beau milieu de plateaux désertiques, mue par une douleur que rien ne semble pouvoir éteindre si ce n’est quelques éclairs d’espérance qui traverse ses compos et se révèlent aussi salvateurs qu’indispensables. Le tout chanté dans des textes qui paralysent, des histoires que l’on croyait disparues à jamais avec le grand Johnny Cash. Bref, vous l’aurez compris, j’ai honte de ne pas avoir encore eu l’occasion de vous en parler plus longuement ici et il faudra que je répare au plus vite ce manquement.

Bien installé devant la scène je décide de rester pour découvrir en live le Duo Parker & Lily . Dehors, il fait chaud, le soleil cogne fermement et l’immense salle de congrès (obscure, climatisée et au plafond constellé d’étoiles) qui accueille cette scène se révèle dès lors constituer un antre bien agréable en cette fin d’après-midi. L’endroit est vaste, presque démesuré, mais si l’on choisit bien sa place (assis par terre au pied de la scène), on parvient assez paradoxalement à vivre un concert d’une étonnante intimité. Parker débarque, mâche son chewing-gum, parle fort, se balade dans la salle pour voir « how does the stage looks from the audience » et demande à quelques festivaliers « if everything’s fine ». Lily pendant ce temps là, en uniforme de suicide girls, très sombre et sexy, se bat avec les fils de ses claviers. Les autres musiciens s’installent, le set démarre et l’on est assez vite touché par la magie qui se dégage de la formule. On reste, on contemple, on passe un excellent moment et l’on s’éclipse ensuite pour rejoindre une autre scène. Ce faisant, je fis exactement l’inverse de la plupart des festivaliers. En effet, une longue file était en train de se former devant le bâtiment, le public s’étant massivement montré désireux d’assister au concert de Antony & The Johnsons (ou Antony & The Valiums selon les détracteurs… n’en jetez plus, la blague n’est pas de moi !). Malheureusement beaucoup ne pourront jamais accéder à la salle archi-comble. Ayant déjà eu, pour ma part, l’immense bonheur d’assister à leur concert quelques semaines auparavant, j’ai préféré profiter de l’occasion pour rencontrer, enfin, une autre « gloire » locale que j’étais impatient de découvrir enfin sur scène.

Sr Chinarro n’a rien d’une découverte récente ou du jeune premier. Fort de plusieurs albums, il semble condamné à exister (que serait le paysage musical espagnol sans un Sr Chinarro ?!) mais également à demeurer dans le clair obscur alternatif (que serait le paysage espagnol avec un Sr Chinarro sous les projos ?!). On sait ce que la comparaison peut avoir de faux et de provoquant, mais on ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec Smog . La musique de Sr Chinarro, comme celle de Smog, n’est pas du genre fille facile : même ton faussement distant, même abnégation à composer une pop en apparence facile et dont les nuances ne s’offrent qu’après de longues écoutes. Et, le soleil dans les yeux, les cheveux balayés par les bourrasques (la mer est à moins de 20 mètres derrière la scène) Sr Chinarro offre un set sans surprises mais des plus agréables. On observe en même temps, par-dessus la bâche de protection, Vetiver (une bande de barbus aisément reconnaissables) se préparer, discuter, choisir sa setlist, manger un sandwich jambon beurre, accorder leurs instruments, etc etc. « Houlala, le monde passionnant des backstages. »

Une petite pause, un arrêt ravitaillement aux stands et on assiste enfin au concert très attendu de Vetiver , projet auquel participe mister Devendra Banhart. Le groupe s’installe, assis, joue délicatement, presque sans amplis tellement c’est doux. Le set est bon, des plus agréables et s’accorde, lui aussi, magnifiquement au décor. Cette scène se situe en effet à l’écart du reste du site. A la manière des anciens théâtres grecs, la scène fait face à des « gradins » en arc de cercle depuis lesquels on aperçoit la mer quelques mètres derrière la scène. Le soleil descend doucement, le vent rafraîchit l’air, caresse les visages, que demander de plus ? Et donc, on est là, souriant, à murmurer les paroles de « Oh Papa « , et de « Los Pajaros Del Rio  » en se félicitant d’avoir d’ores et déjà acquis son ticket pour leur prochain passage dans une petite salle de Bruxelles. Seule ombre au tableau : un set définitivement trop court !

Peu après, sur cette même scène, on assiste, enfin, au concert très attendu (que d’attentes, décidément, pour cette journée de festival) de Micah P. Hinson . Un set relevé, encore une fois à la hauteur des toutes mes attentes, pourtant immenses. Des moments intenses, presque explosifs, alternent furieusement avec d’autres, empreint d’une grande douceur et de rêveries, Micah se jouant avec brio de cette dichotomie apparente et illusoire. Extrêmement convaincu et convaincant, Micah semble généreux, passionné et terriblement sympathique.

Petite pause ensuite pendant laquelle on n’ira pas voir Brigitte Fontaine servir sa soupe (dont on ne saura donc pas si elle était froide ou chaude) à des espagnols semble-t-il médusés. On n’ira pas non plus voir les suédois de Acid House Kings reprendre « Vamos a la playa » (cfr le compte rendu de The Vilain… Arggh, pourquoi ai-je loupé cela !). Et on ne vous parlera donc pas non plus de David Thomas & The Two Pale Boys .

Par contre, il ne nous a pas fallut plus de 10 minutes pour nous convaincre que Iggy Pop aurait mieux fait de rester chez lui a tricoter des écharpes pour sa progéniture (il en a une ?) plutôt que de venir une seconde fois (déjà vu il y a deux ans, quelque part en Flandre) tuer nos dernières illusions sur l’immortalité des anciennes gloires du passé. Oui, ça bouge, oui, il a l’air énervé, oui, pour son âge, c’est pas mal, mais, non, ça ne nous fait rien et, non, on arrive pas à trouver cela excitant. Pour un furieux set de rock, on devra attendre le lendemain avec les magnifiques Dirtbombs. Après 30 minutes, nous quittons donc cette grande scène que l’on fréquentera finalement assez peu durant le festival, pour rejoindre la seule scène sous chapiteau. Pour un avis contradictoire sur Iggy Pop, je vous renvois au commentaire de The Vilain, lequel semble me donner tort… et je souhaite très sincèrement et de tout coeur que ce soit lui qui ait raison.

Bref, quelques instants plus tard nous assistons au set de Nouvelle Vague . On ne s’étendra pas très longuement : tout cela est avant tout affaire de subjectivité, je ne le sais que trop bien. Il n’empêche que si sur disque ces reprises pouvaient m’apparaître fraîches, étonnantes, tantôt touchantes et parfois même amusantes, autant en concert, le tout sent, selon moi, le réchauffé et manque cruellement d’originalité.

C’est avec quelques appréhensions qu’on attend dès lors, sur cette même scène, le set des Sons & Daughters dont on craignait qu’il ne soit peut-être trop mou et finalement décevant. « Que nenni » comme on dit chez nous ! Un set des plus sympathiques, un groupe énergique et volontaire, des riffs efficaces, le groupe se donne et survolte une partie de l’audience (tout de jaune vêtue) qui le lui rend bien. Zoulk rules !

Le reste de la soirée sera marqué, selon les comptes rendus de divers festivaliers, par une prestation surprenante de Sophia , nettement plus intéressante et énergique, de l’avis général, que leur disque. Erase Errata livra un set dont on pu se rendre compte d’une oreille distraite qu’il aurait mérité bien plus d’égard de notre part. Nous ne sommes malheureusement pas en mesure de vous en dire plus, ayant du quitter le site du festival sur le coup des 02H30 pour quelques heures de sommeil méritées et indispensables pour affronter la dernière journée du festival laquelle ne se finira que sur les coups de 6H30 du matin au son de « Sultans of swing  » des Dire Straits. Mais ça, c’est une autre histoire… (à suivre)

PS : mon appareil est tombé en rade ; les photos ne sont donc pas de moi… merci Google.