La Blogothèque

Delta

Les Sea Urchins ne se sont pas dissous : ils ont mués. Ils sont sortis de leur petite coquille. Oh, bien sûr, au début, l’apparence était brute, un peu rugueuse voire légèrement repoussante. Guitares mises en avant, rock viril, les Sea Urchins se sont abandonnés au plaisir de jouer fort et lourd, en plaquant bien les accords derrière quelques solos de guitar hero. Sarah records les lâcha d’ailleurs dans leur métamorphose et ils s’en allèrent faire du bruit ailleurs. Mais sous ses traits mal dégrossis, leur musique cachait toujours cet amour viscéral de l’art d’écrire des pop-songs. Au bout de quelques temps, ils changèrent de nom : Delta . On était quelque part autour de 1994. L’Angleterre redécouvrait la pop à guitares, et par un de ces heureux hasards de l’histoire musicale Delta se retrouvait d’un coup en phase avec les aspirations du public. Un plus gros label, Acid Jazz records (!) venait de les signer, l’avenir s’annonçait radieux.

AcidJazz records n’était pas Creation . Alan McGee , vieux sage, savait sans doute trop bien que le tempérament querelleur des frères Gallagher était le pendant indissociable de cette arrogance crâne parfaite propice à faire renaître l’étincelle du rock. Les boss d’AcidJazz records, non. Il aura sans doute suffit que les frères Roberts fassent étalage en concert de leurs mauvaises manières de « lads » de Birmingham pour que tout s’arrête. Cinq ans sans sortir un disque, cinq ans sans pouvoir partir, à contempler d’autres moins doués tirer leur épingle du jeu dans ces années fastes, commercialement parlant, pour la pop britannique. Et quand tout fut fini, quand le genre noble fut asséché, qui vit-on revenir la passion intacte mais un peu désabusé tout de même : Delta , enfin libérés de leurs bourreaux, hébergés sur un petit label, Dishy .

« The last great album of the millennium » comme l’écrit le critique du Guardian en 1999 était un geste désespéré, une dernière tentative d’y croire. Sans argent, Delta rassembla sur Laughing mostly le résultat brut de sessions éparses des années noires pour pouvoir payer un « vrai » disque.

« Delta’s first album ‘proper’ sounds gosmackingly beautiful. Will someone give us some fucking money – Guy, Dishy »

Mais laughing mostly est déjà un « vrai » disque plein de pop-songs qui transpirent l’honnêteté, la mélancolie, la foi. La critique du Guardian fut dithyrambique, d’autres bonnes suivirent. Laughing mostly finit par se vendre assez pour permettre à Delta de terminer l’album suivant. Slippin’ out était enfin à la hauteur de leurs espérances. bien qu’enregistré vite et avec peu de moyens ; suffisamment tout de même pour s’illuminer de fins arrangements de cordes ciselés par le fils de l’arrangeur de Electric Light Orchestra par ailleurs le clavier du groupe. De ce futur classique, je vous propose l’énergique Yampee aux colorations psychées et le poignant Everybody ; James Roberts et sa voix mouillée …Avec Slippin’ out arrive enfin la reconnaissance. Le disque a les honneurs du classement de fin d’année du NME et le groupe se retrouve signé sur une major, Mercury . Puis patatras, changement de direction. Nos losers préférés se retrouvent éjectés sans ménagement. L’album, Hard light , enregistré avec beaucoup plus de moyens sortira finalement sur un petit label, Dell’Orso .

Et on en est là. Achevé par les mauvaises fortunes, Delta s’est séparé. Singularity , un album rassemblant les singles de l’immédiat après Sea Urchins est sorti sur Elephant Stone records . James Roberts a en projet un album solo. Encore et toujours écrire de belles pop-songs.