La Blogothèque

Art Brut

A en croire la presse britannique, la scène musicale d’outre-Manche est en plein essor. En pratique, cela signifie principalement que, paniquées à l’idée de louper le prochain Franz Ferdinand ou les prochains Libertines , les maisons de disques signent à tour de bras des groupes d’adolescents attardés tentant de recréer la musique que leurs parents écoutaient il y a 20 ou 30 ans. Depuis deux ans, il suffit de porter la frange avec aplomb, de cultiver un look chic et bohème, d’avoir le visage qui prend naturellement un air las face aux photographes et de faire une musique que les attachés de presse peuvent décrire sans rougir comme ‘énergique, vitale, enthousiasmante et la preuve définitive que l’on peut faire danser avec des guitares’ pour se retrouver automatiquement sur la rampe de lancement, prêt à être propulsé par ces fascinantes machines à faire monter la sauce que sont les médias anglais (si mes phrases sont trop longues, n’hésitez pas à me le dire). Chaque semaine nous amène donc son lot de The Paddingtons , de The Rakes , de The Others , de Hard-Fi , de The Caesars ou de Maximo Park qui font les beaux jours de MTV2. Face à cette coulée continue de “nouveaux talents”, la rédaction du NME a d’ailleurs été contrainte d’acheter un deuxième exemplaire du “Dictionnaire des superlatifs”. Le premier tombait en morceaux.

On peut se demander ce qu’il restera, dans cinq ans, de tout cette effervescence. Combien de ces groupes auront la chance d’enregistrer un troisième album (ou même un deuxième)? Pour deux beaux succès comme les Kaiser Chiefs ou Bloc Party , combien de groupes seront condamnés à l’oubli avant d’avoir pu connaître la gloire des projecteurs de Top of The Pops ou de la une du NME ? Qui se souvient des 22-20s par exemple ? Qui s’intéresse encore aux Ordinary Boys ?

Pourtant, il est tout à fait possible de trouver son bonheur parmi cette pléthore de nouveaux noms. Ainsi, depuis la sortie il y a presque un an de leur premier single, j’éprouve une réelle sympathie pour Art Brut . Leur musique est, comme il se doit, un mélange de pop, de rock et de (post-)punk. C’est efficace, mais assez conventionnel et pas fondamentalement différent que ce que tous les autres groupes du genre font. En fait, plus que leur musique, ce que j’aime chez eux, c’est le nom, arty jusqu’à la caricature, la dégaine improbable (le chanteur est un ancien agent de la circulation) et surtout une intrigante propension à se moquer du système médiatique qui leur permet d’exister. Comment par exemple résister à un premier single qui commence sur ces mots : “Formed a band, we formed a band. Look at us. We formed a band.” ou à celui qui, quelques semaines plus tard, s’ouvre par le délicieux “I haven’t read the NME in so long I don’t know what genre we belong” ?

Le premier album du groupe, Bang Bang Rock & Roll , vient enfin de sortir, plus d’un an après la sortie de Formed a band . Il ne devrait pas décevoir ceux qui ont aimé les singles, ne serait-ce que parce que ces derniers sont (tous?) sur l’album et que les nouvelles chansons sont parfaitement dans la lignée des anciennes. Les paroles contiennent par ailleurs des gemmes telles que : “My little Brother just discovered Rock & Roll. He no longer listens to A-sides, he made me a tape of Bootlegs and B-sides. And every song, every single song on that tape said exactly the same thing : why don’t our parents worry about us?”

La voix du chanteur continuera sans doute à rebuter les oreilles les plus sensibles, mais je trouve que, contrairement à beaucoup d’autres, le groupe possède une vraie originalité de ton. Certes, Art Brut ne révolutionnera jamais quoi que ce soit (et surtout pas la musique) mais c’est rassurant de penser que, contrairement à beaucoup d’autres (Kasabian en tête), ils ne l’ont sans doute jamais cru.

Je vous propose d’écouter la chanson qui donne son titre à l’album ainsi que About Time , l’une des faces B (mon grand frère serait fier) de Emily Kane , dont la vidéo est par ailleurs visible ici. La vidéo de Formed a band est, quant à elle, visible sur le site du NME.

A la semaine prochaine.