La Blogothèque

Marcos Valle : Garra/Previsão do tempo

Nous y voilà, au terme de notre odyssée de la musique de Marcos Valle et c’est comme au sortir d’une ascension, l’arrivée au sommet. Je vais vous parler de Garra et de Previsao do tempo .

Garra est un chef d’œuvre. Marcos Valle y invente une pop baroque légère et funky sous-tendue par la samba si naturelle à l’écoute qu’elle en défie en vérité toutes les tentatives de description : c’est du Marcos Valle . Black is beautiful est soul, Wanda vidal lounge et visionnaire, Que bandera un délice de Broadway. Seule Minha voz vira do sol da america et ses envolées de générique de soap opera fait tache (voilà où peuvent mener les dons de mélodiste). Mais elle est suivie d’un Minha voz vira do sol da america dont les orchestrations psychédéliques proches du jean-Claude Vannier de Melody Nelson se fondent dans un final (O cafona ) grandiose et Beatlesien qui fait tout oublier. Garra , album euphorisant et enchanteur, est une flamboyante synthèse du talent de Marcos Valle : l’invention et l’ouverture d’esprit alliées à une incroyable aisance pour trousser des mélodies inoubliables. Exemple à l’appui, avec Garra , le morceau, qui mélange dans un même mouvement rythmique sautillante, gimmick pop assassin et break baroque à la Eleanor Rigby.

Malheureusement cette perle n’est disponible que sous la forme d’un import japonais coûteux (les japonais sont les amis de l’humanité en ce qui concerne la musique). Garra n’a tristement pas fait parti de la vague de réédition du [catalogue Odéon par Emi-> http://www3.fnac.com/item/node.do?NID=4489070&SID=ac888e39%2D3121%2Dbfa9%2D94fa%2D36910ad20c3a&UID=022e77c61%2D2609%2D2742%2D2fa0%2Daa54b67f2744&AID=&Origin=FnacAff&TTL=310720041954] dont a bénéficié Previsao do tempo .


Sorti en 73, Previsao do tempo est un album baigné de sons moelleux (le Fender Rhodes !) et parcouru d’une pulsation funky prise de torpeur tropicale. L’ensemble évoque avec trente ans d’avance le son cool et enveloppant des compiles lounge branchées avec une qualité d’écriture sans rapport. Marcos Valle introduit aussi le Moog, une grande première au Brésil, sur des interludes rêveurs qu’on jurerait entendu chez Air . Il y avait, il y a quelques semaines sur la radio le morceau le plus remarquable de l’album, le souple et funky Mentira . Là je vous propose le délicieux et spatial Tira a mão , parfaite illustration de ce que j’écrivais plus haut.


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Epilogue

On s’arrête là pour l’instant. La carrière de Marcos Valle est longue, elle est passée par des détours que je n’ai pas investigués : la version brésilienne de Rue sésame (hé oui), des collaborations avec Chicago (le groupe, pas la ville) et Leon Ware sur ce qui est présenté dans les notes de pochettes comme son chef-d’œuvre funk-soul, Vontade de rever voce . Ajoutons à cela des pochettes d’un goût douteux et un tube pour l’aérobic dans les années 80, et le tableau sera (presque) complet. Jusqu’à une résurrection convaincante dans les années 90. Tout ceci fera peut-être l’objet d’autres articles.

Aujourd’hui, Marcos Valle n’est pas un musicien sur le retour, il s’inscrit dans une musique brésilienne contemporaine qu’il a contribuée à dessiner. La meilleure preuve en est peut-être l’inclusion dans la partie « moderne » de la compilation de Gilles Peterson , Gilles Peterson in Brazil , sortie l’année dernière, de Parabens un morceau de Contrasts assez fortement inspiré de Wanda vidal , d’ailleurs.