La Blogothèque

Doctor Haines, Mr Luke

Pour faire suite au billet publié lundi par Vincent, je vous propose de revenir sur des oeuvres plus récente d’un de mes songwriters maudits favoris, Luke Haines .

New Wave , premier album des Auteurs, a manqué gagner le prestigieux Mercury Prize en 1993. Depuis, à chaque nouveau disque de Haines, je suis anxieux. A chaque fois, je me demande si cette fois sera la bonne, si, enfin, il s’agira du chef d’oeuvre qui se fait attendre depuis 13 ans.

Je crois en effet que Luke Haines n’a pas encore dit son dernier mot, et j’espère qu’il trouvera suffisamment d’énergie et d’inspiration pour sortir l’époustouflant album truffé de pépites dont je suis sûr qu’il est encore capable.

Revenons d’abord sur Das Capital , sorti en 2003, qui regroupe des compositions de Haines, tous groupes confondus (The Auteurs, Baader Meinhof et quelques compositions solo), mais interprétées en version orchestrale, qu’on pourrait qualifier de luxueuse, s’il n’y avait cet étrange inconfort que je ressens à chaque fois que des riffs de guitare électrique ou un solo de saxophone viennent se coller à de majestueux cuivres et une pléthore de cordes. Je remarque avec étonnement que si j’aime à la folie les formations pop qui se parent d’arrangements orchestraux, je reste circonspect devant un orchestre auquel on rajoute une guitare électrique, ou une batterie (J’ai trop de mauvais souvenirs du Rondo Venezziano).

En extrait, l’ouverture , rien moins qu’un medley qui figure en morceau caché introductif à ce voyage dans le temps. Tel Johnny expédiant un douzaine de tubes en une chanson, Luke Haines résume sa carrière en 5 minutes et un orchestre.

En 2001, sortent coup sur coup deux disques que Luke Haines signe pour la première fois de son nom. D’une part une bande originale pour le film Christie Malry’s Own Double Entry , dont je sais uniquement qu’il est tiré d’un roman. Beaucoup de morceaux chantés sur ce disque, dont I Love the Sound of Breaking Glass , reprise de Nick Lowe où 7 minutes de guitares saturées sombres, répétitives et entêtantes ponctuent cette bande originale aux accents plutôt électro. Sur la couverture (assez moche comme le faisait remarquer un des commentateurs de lundi), Haines tient un panneau où l’on lit Art Will Save The World .

Message à mettre en parallèle à la première chanson de The Oliver Twist Manifesto (or What’s wrong with popular culture ), intitulée Rock’n'Roll Communique No 1 , et qui commence par ces quelques vers bien sentis: this is not entertainment, don’t expect me to entertain you . On va pas se marrer, quoi. Pourtant, de nombreuses bonnes chansons dans ce disque, notamment Discomania , qui figure également sur la B.O citée plus haut, où de jeunes gens s’amusent bien en écoutant Kim Wilde. Encore une fois, plus trop de guitares dans cet album, le temps des Auteurs et de leur formation pop-rock classique est passé.

Inutile de préciser que malgré leurs indéniables qualités, le songwriting de Haines n’ayant rien perdu de sa force et de son propos tantôt social, tantôt artistique, aucun de ces deux disques n’a connu un succès fulgurant. La malédiction de la pochette ?

Enfin, pour clore ce billet, une reprise de Seasons in the Sun par Black Box Recorder , noire à glacer le sang. Elle figure sur l’album de b-sides intitulé The Worst of Black Box Recorder (on y trouve également une reprise de Rock’n'Roll Suicide ). Au départ ce n’était déjà pas une chanson gaie, et cette instrumentation dénudée et surtout la voix de Sarah Nixey emmènent cette mélodie encore un peu plus loin.