La Blogothèque

Harry chéri

J’ai longtemps voulu le garder pour moi, celui là. Puis j’ai voulu en faire un point de départ pour une compilation sur les voix. Parce que la voix, c’est tout ce qu’il y a ici. La plus belle des voix, peu avant la rupture.

C’était une nuit d’ivresse, précédée, suivie d’autres nuits d’ivresse. Il y a longtemps. C’était Harry Nilsson qui buvait avec John Lennon, qui chantait avec John Lennon, le disque s’appellera “Pussycats”. Sa voix ne sortira pas indemne des excès de ces sessions, et on l’entend ici encore jouvencelle, encore pure, dans un pur moment de grâce qui s’élève au dessus des whiskys et des cigarettes.

Ecoutez ça, bon Dieu, écoutez cette voix sur cette version démo de Save the last dance for me

. On se demande pourquoi Harry a joué de l’orgue. Sans doute pour se donner la mesure. Parce qu’il ne sert à rien, cet orgue. Il n’y a que cette voix, qui flotte comme une poussière, qui monte, descend en vitesse, en douceur, qui s’erraille juste ce qu’il faut. C’est un a capella parce que tout s’efface, parce que tout se serait effacé.

Harry Nilsson est l’un des plus beaux, des plus gracieux, des plus talentueux. C’est un magicien, un petit salopard né avec un si grand talent, un grand homme qui a su ne pas le gâcher, ce talent, qui a su l’exploiter avec toute la folie, la démesure et l’insouciance qu’elle méritait. Ce que je vous offre cette semaine, c’est son côté le plus sage, sa face paisible, crooner gracile sur The Moonbeam Song

, charmeur aérien, arrangeur d’un chaos de caresses : ça virevolte de partout, dans ce Miss Buters Lament

.

Vous connaissez Harry Nilsson. C’est lui qui a fait exploser Without You , c’est lui qui a enchanté le Everybody’s talking de Fred Neil pour Macadam Cowboy . C’est lui qui a écrit la plus belle des bluettes, la mélancolie printanière, Without Her

, que vous avez sans doute entendu chantée sur un autre ton. La voilà, un peu différente, c’est sur cet album fou, Aerial Pandemonium Ballet , réenregistrement de deux albums précédents, projet démesuré, donc.

Voilà pour le poète, pour Harry chéri. Bientôt je vous parle du Nilsson galopin.