La Blogothèque

African beat

Tout d’abord pianiste, c’est en tant que batteur qu’Art Blakey marquera pourtant les consciences. Ses contributions ont marqué indéniablement l’histoire du jazz et on peut aisément dire que le « Monsieur » fait partie des « tout grands », sans crainte de se faire lapider. De sa bio, évidemment riche, on retient particulièrement sa participation au Bill Eckstine Band, lequel a vu défiler de 1944 à 1947 des anonymes tels que Charlie Parker, Dexter Gordon, Dizzy Gillepsie, Miles Davis et Thelonious Monk. Plus tard Blakey deviendra l’un des leaders incontestés du mouvement « hard bop » – combinaison des libertés instrumentales du bebop et d’un certain beat issu du gospel (ne m’en demandez pas plus et allez plutôt ) -, et formera, avec Horace Silver, le célèbre groupe « The Jazz Messengers », véritable école des fans du jazz : Art Blakey avait à cœur d’en renouveler la formule afin d’y inclure sans cesse de jeunes musiciens dont le talent sera ainsi révélé. C’est après sa conversion à l’islam que le surnom de « Bu » (diminutif de Abdullah Ibn Buhaina) fait son apparition pour dénommer celui dont Miles Davis dira un jour : « si Art Blakey est has-been, alors moi je suis blanc ». Et nous savons tous que Davis était le plus bleu d’entre eux !

Un an après son célèbre « Night in Tunisia

», Blakey enregistre un disque intitulé « The African Beat

» (1961) lequel ne marquera pas les esprit autant que certaines de ses plus illustres contributions. C’est néanmois la réécoute de ce disque qui inspire ce billet du jour (quelque peu tardif, désolé) et sera à l’origine des associations d’idée suivantes.

En effet, l’écoute, en particulier, du titre « Ayiko, Ayiko » m’a non seulement donné envie de partager avec vous ce moment intense et envoûtant dont je ne saurai résumer ici l’intensité, mais plus encore, a excité mon esprit, lui insuflant des incontrôlables envies de dépoussiérage.

C’est ainsi que sitôt l’écoute du disque de Blakey terminée, s’est naturellement rappelé à ma mémoire un disque très différent et beaucoup plus récent mais illustrant lui aussi la démarche particulière d’un jazzman en mal d’expérimentations africaines. Pour Blakey cela passe par un retour aux sources et l’exploration des percussions africaines. Pour le tromboniste Roswell Rudd , cela passe par une rencontre avec le Malien Toumani Diabaté , célèbre joueur de Kora (une harpe luth à 21 cordes d’Afrique de l’ouest). Leur rencontre donna lieu à un enregistrement, « Malicool

», certes inégale, mais empreint d’une certaine nostalgie dont je n’arrive pas à me lasser. Notamment, le titre « Bamako » qui est à mes yeux (et à mes oreilles surtout) à la fois le plus évident et le plus touchant de l’album.

Et puis, mon esprit s’est emballé (attention, la séquence qui suit comporte une scène de name-droping qui n’est pas sans risque pour un lecteur non-averti): Fela Kuti, John Coltrane, Blo, Abdullah Ibrahim, Don Drummond, Omar Sosa, pour revenir finalement vers Tony Allen , ancien batteur du grand Fela himself et dont la verve est restée plus qu’intacte. Il y a quelques années, il livrait avec Doctor L un disque engagé et ambitieux, « Psycho on da bus » , dont on aura sûrement l’occasion de reparler un jour. Car c’est un extrait de son dernier disque studio, « Home Coocking

» , à savoir « Crazy Afrobeat », que l’on a aujourd’hui choisi pour clôturer ce billet, écrit dans l’urgence, et ainsi boucler ainsi la boucle.