La Blogothèque

EmBossa

Oui, je reviens tout juste du Brésil. Oui, je vais vous parler de musique brésilienne. Veuillez me pardonner, ou me remercier, c’est selon.

La bossa-nova est une musique morte. En disant cela, je ne cherche en rien à la déprécier, à la dépouiller, la dénigrer. Mais c’est une musique de nostalgie qui ne peut accueillir, aujourd’hui, que des imposteurs, des recycleurs, des suiveurs. La bossa-nova fut une époque, ce fut une équipe, et même à Rio, c’est en compagnie de cette équipe d’époque que l’on aime à écouter la bossa. Un soir, je n’ai pas pu entrer dans le magasin Modern Sound, parce que Fafà de Belem y chantait ses reprises de Chico Buarque . Le lendemain, j’y achetais un disque de reprises des chansons de Vinicius de Moraes par Maria Bethânia . Une fille de l’équipe qui reprend l’écrivain de l’époque, quoi. La plus forte et la plus chaude des voix, les plus belles chansons, ça ne pouvait être que beau, ça l’est. On pardonne même la production un peu trop “salon d’ambassadeur un soir d’été” tellement elle chante bien. Samba de Bençâo , pour vous.

Un rien sirupeux, mais bon, de l’original. Face à ça, une reprise de Aguàs de Março par Bossacucanova , américanisée à mort, beurk, on dirait une pub pour des canapés Ikea.

Sinon, quoi ? Sinon, la samba, qui elle est loin d’être morte, mais dont je vais parler au passé. [[Vous commencez à me connaître, il m'arrive d'être un rien passéiste et au cas où vous ne le sachiez pas, une grosse partie de la production actuelle au Brésil est bien médiocre. Ersatz hip-hop, groupes hybrides rock produits par Sépultura, pas passionnant]].

Oui, j’ai acheté des vieux disques. Et vu que je ne sais toujours pas si la tristesse est reine de samba ou non, je vous mets un morceau triste, un morceau joyeux. Le triste n’est pas vraiment triste, le joyeux pas tout à fait joyeux. Le premier est un morceau de Cartola , un grand monsieur, un vieux monsieur, qui a créé la mythique école de samba de la Mangueira, a écrit ses chansons de Carnaval dans les années 20 et 30 avant de devenir laveur de voiture. Il faudra un journaliste et un brin de persévérance pour qu’il enregistre son premier disque en 1974 (Henri Salvador, sois jaloux, oui). Sei Chorar , sans pleurer, donc.

Un peu plus fête, les Originais do samba avec leurs tambours et leurs jolis costumes. C’était en 1969, autour de la samba, il y avait Jorge Ben ou le tropicalisme de Gil et Veloso. Alors même la samba était pop. Ça donne envie d’une petite coco gelado sur la plage.

Merde, je suis rentré.