La Blogothèque

Mystic River

Dès la 1ère écoute de Black Sheep Boy

, le 4ème album d’Okkervil River, on se dit qu’on est tombé sur un truc pas commun, sur notre futur nouveau meilleur ami pour les semaines à venir. Par pudeur et par retenue, je n’imiterai pas certains critiques qui y voient déjà le meilleur album de 2005, j’attendrai seulement quelques mois pour cela. Car force est de reconnaître que ça faisait un bail que je n’avais pas entendu un disque aussi époustouflant. Par raccourci et paresse, je serais tenté de placer Okkervil River dans une improbable galaxie délimitée par Arcade Fire et Bright Eyes, celle où on ne conçoit les chansons qu’en mordant dedans à pleines dents, avec rage ou abandon, en y exprimant ses tourments les plus profonds, ici encore servie par une voix fêlée et fragile, à dimension humaine, et par une musique aux racines folk qui n’a pas peur d’osciller entre dépouillement acoustique et coups de poignards électriques, où des arrangements subtils mais ambitieux transforment chaque morceau en noyade mélancolique ou en manège hanté et ténébreux, c’est au choix.

Black Sheep Boy, c’est un peu un American Gothic musical, un monde où la jalousie, la déception, les cœurs brisés, la solitude et la colère se cachent à peine derrière les allégories poétiques de Will Sheff, multipliant les images surréalistes et récurrentes gravées à l’eau-forte (il suffit déjà de regarder la splendide pochette de William Schaff : une raison de plus de l’acheter). Un monde peuplé de griffes et de gorges ensanglantées, de reines ou princesses qui ne veulent plus bouger, d’une fille qui aime une pierre (qui rêve) plutôt que vous, de père monstrueux, de rayons de soleil qui réduisent les gens en cendres, et de ce fameux Black Sheep Boy (emprunté à une chanson de Tim Hardin, reprise ici en ouverture). Un monde où chaque chanson est un conte vénéneux tourmenté. Un monde que l’on ne quitte plus une fois que l’on y a goûté.

Pour vous convaincre de tout ça, écoutez au moins ces 2 morceaux (via Jagjaguwar), les plus rocks de l’album :

- For Real

- Black

Et pour ceux qui en voudraient plus, des mp3 plus anciens sont toujours disponibles ici et allez (re)lire cet ancien article de la Blogothèque, le récit d’un concert londonien où Lilou avait déjà trouvé cette description définitive pour parler du groupe : « Like salt in the wound, Okkervil River’s music makes a permanent incision in your thick skin. «