La Blogothèque

Sunn 0)))

Cette semaine, j’ai décidé de coller à l’actualité et de parler d’un groupe qui était en concert hier à Paris et sera ce soir à Bruxelles dans le cadre du Domino Festival.

Je ne me rappelle plus quel était précisément le disque de Sunn O))) que j’avais écouté il y a un an ou deux. En revanche, je me souviens très bien que, même à un volume raisonnable, il provoqua en moi un vague sentiment de nausée et fit trembler sur ses bases tout mon meuble hi-fi, à tel point que je devais sans cesse faire pause et diminuer le volume pour l’empêcher de s’effondrer. J’avais donc rapidement rangé le groupe dans la catégorie « Musique à écouter lorsque l’on veut faire s’écrouler sa maison pour toucher l’assurance » et n’y avais plus guère pensé.

Lorsque leur nouvel album White 2 est sorti en 2004, quelques échos favorables et deux bonnes chroniques dans la presse m’ont donné envie de m’y replonger et bien m’en prit puisque j’aime beaucoup, même si je ne suis pas sûr de comprendre exactement pourquoi. Peut-être est-ce à cause du ballet d’images morbides que cette musique m’évoque.

Ainsi, le troisième et dernier morceau de l’album, Decay2 Nihil’s Maw est essentiellement la bande-son d’un film d’horreur. Le vent souffle, de vagues mugissements évoquent des spectres décharnés vous fixant de leurs orbites désertes et agitant lentement devant votre visage leurs doigts squelettiques et griffus. On croit au début deviner quelques hurlements étouffés extraits de gosiers que Lovecraft n’hésiterait sûrement pas à qualifier de sous-humains. Des bruits sourds de résonance métallique rappellent ceux accompagnant la téléportation dans les mauvais films de science-fiction. Vers le milieu du morceau apparaissent des voix indéniablement humaines, graves et détimbrées qui évoquent indifféremment les incantations psalmodiées lors des cultes sataniques dans les films de série Z ou la scène de l’orgie dans Eyes Wide Shut (c’est un peu la même chose). Les notes de pochette nous apprennent qu’il s’agit de la voix du hongrois Attila Csihar , une légende du black-metal (genre dont on parle trop peu sur la Blogothèque et qu’il ne faut apparemment pas confondre avec le death-metal), chantant des textes en Sanskrit.

Le morceau faisant plus de 25 minutes, je ne vous en propose que les dernières minutes.

Le terme proposé par allmusic pour définir leur musique est finalement assez juste : « ambient doom drone ». Leurs concerts ont tout l’air d’être apocalyptiques et criminels pour les tympans.

Le groupe fournit ainsi cette petite notice aux salles de concerts qui souhaitent l’accueillir :

«The band operates at approximatly 125dB stage volume [...] It is important that the sound person working the event understands & is comfortable with high volume & low frequency capabillity of the power amplifier, and be willing to « push it » hard ».»

Bouchons obligatoires donc. Selon certaines personnes présentes hier à Paris, un concert de Sunn 0))) permet d’expérimenter des sensations physiques inédites : voir son nez vibrer par exemple. Certains vont même jusqu’à s’évanouir. Voilà qui promet pour ce soir.

A la semaine prochaine.