Il en va des chansons comme des bras des femmes (ou des hommes, à vous de voir) : certains vous accueillent, d’autres se refusent à vous -parfois dans cet ordre, et inversement, car il ne faut jamais désespérer.
Dans le cas de figure, malheureux mais banal, où l’être convoité se dérobe, il faut bien trouver un peu de réconfort, une grotte où s’abriter, un brasero pour se réchauffer, et ainsi de suite, vous voyez de quoi je veux parler. Ainsi, il est rare de se blottir au creux d’un album de Slint, enfin ça vous regarde, mais moi, ce n’est pas vers eux que je me dirigerais spontanément en pareilles circonstances (quoique, certains jours se prêtent plus que d’autres au masochisme, mais je m’égare)
10 The Apartments – Could I hide here (a little while)
Version acoustique inédite [[La version originale, sensiblement plus fouettée, figure sur l'album Drift, dont la pochette est ici présentée]]
Je sais : Chryde vous a déjà fait l’article, et pas plus tard que la semaine dernière, mais j’y vais moi aussi de mon petit couplet sur la grandeur de cet Australien, Peter Walsh. Disons qu’ici, j’extrapole littéralement, si une telle chose est possible : dans cette question en forme de chanson, j’y vois une supplique.Je me rends compte qu’il y a éventuellement quelque chose d’assez bourgeois à solliciter ainsi un confort douillet, protégé de tout danger, mais vous ne savez que trop bien qu’une fois blessé, il faut songer à panser ces béances saignantes, pour mieux se faire à nouveau piétiner (cette tendance à envisager les relations sentimentales par le prisme du mythe de Sisyphe n’engage que moi). Du couplet au refrain, Pete Walsh parcourt la distance séparant l’infirmerie du champ de batailles, construit la chanson qu’il s’adresse à lui-même, bâtit son igloo et s’y invite.
11 Richard Thompson – Happy days and Auld Lang Syne
(album The Old Kit Bag )
Tout est dit dans le texte, je n’y ajouterai donc pas mon babil. Je voudrais cependant souligner le génie narratif de Richard Thompson, ici proche du Dylan de Blood on the tracks .
He said, Dear, I’m leaving, right there in the hallway
As the party roared on all around
And her head wouldn’t turn, O she couldn’t look at him
In a whirlpool she quietly drowned
And she said to herself, I won’t cry, I won’t grieve
But I’ll laugh and I’ll flow with the wine
With the fast love of strangers we’ll sing Sweet Bye and Bye
Happy Days and Auld Lang Syne
How I wish I knew
All the old songs they’re singing
Such comfort they’re bringing
To a heart that’s as empty as mine
O it lifts you so high
Does the Sweet Bye and Bye
Happy Days and Auld Lang Syne
And she said, I’ll be wearing my smile like a mask
And I’ll care for each stranger I kiss
And no-one will know that I’m wounded and cheated
So close to my moment of bliss
And sometimes you never connect with a song
Till it’s telling the way that you feel
Putting words to your story, all the pain and the glory
How can it be written so real
How I wish I knew
All the old songs they’re singing
Such comfort they’re bringing
To a heart that’s as empty as mine
O it lifts you so high
Does the Sweet Bye and Bye
Happy Days and Auld Lang Syne
12 Syreeta – Cause we’ve ended as lovers
(album Stevie Wonder presents Syreeta )
« On va rester amis, c’est bien ce que l’on dit quand ça ne va plus très fort » constatait justement [Silvain Vanot-> http://www.silvainvanot.com/]. Syreeta semble plus optimiste sur la question, envisage en tout cas la possibilité d’une amitié après le retrait du sentiment amoureux ; je ne livrerai pas mon opinion, les lecteurs attentifs de ce feuilleton la devineront peut-être.
Si j’ai incluse cette merveille (dont Jeff Beck a livré une formidable interprétation, merci de ne pas ricaner), c’est d’une part pour signaler la vive passion que je voue à cette chanteuse, première femme de Stevie Wonder, qui a lui a écrit d’assez foutrement belles chansons, dont celle-ci qui n’est pas la plus vilaine, et d’autre part parce que je la trouve encourageante, elle laisse envisager la sérénité à laquelle nous aspirons. Ecoutez la pluie murmurer, faisant écho à ces gouttes de clavier (ironie du ciel, il pleut franchement à l’heure où j’écris ces lignes), cette voix regrettant la douleur infligée et reçue, donnant pourtant à entendre que l’amour pourrait bien trouver une nouvelle incarnation. Après tout, pourquoi pas.





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