La Blogothèque

Mean to me

La nouvelle, imprimée en couleurs blafardes sur les pages usées du journal gratuit des transports londoniens, je me la suis prise en pleine gueule ce matin. Paul Hester, mais bon dieu, qui est-ce me direz-vous? Le détail de sa carrière, vous le lirez en long et en travers dans les jours à venir. Ce que son nom et la nouvelle de sa disparition évoquent pour les fans de Crowded House, vous le devinerez sur les forums comme celui-ci. Ma version de l’histoire bien sûr, vous pouvez ne pas la lire. Mais je ne pouvais pas ne pas l’écrire.

J’ai commencé à écouter Crowded House avec la sortie de « Temple of Low Men » grâce au hit « Better be Home Soon ». « Into Temptation » avec ses arrangements de cordes à la George Martin a été la bande-son de mon premier grand amour. Lorsque « Woodface » est sorti et que Crowded House a entamé sa tournée européenne, cela a été comme un grand soulagement, un évènement enfin en mesure de me tirer de l’ennui de mois infinis d’études grisonnantes. Octobre 1991, une première rencontre avec le groupe au Bataclan. La bonne musique existe pour de vrai, je l’ai vue! Sur cette révélation et une deuxième rencontre avec le groupe, j’entraîne ma meilleure amie de l’époque dans une grande entreprise de promotion clandestine, dont l’apogée sera une action de gorilla marketing avant l’heure, l’impression de deux mille flyers (« Bastion paysan, la France resistera-t-elle encore longtemps? ») et propagande via fourrage de poches de manteaux dans les vestiaires d’une soirée de grande école. L’immense succès du concert de la Cigale en Juin 92, nous l’attribuâmes bien entendu entièrement à notre action héroïque. Le sort nous le confirma, en nous ouvrant magiquement les portes de la party d’EMI backstage (par le biais d’Yvan Le Bolloch’, les voies du seigneur sont impénétrables). Cela fut notre grand jour, notre tour d’honneur. Non seulement le concert avait été le meilleur qu’il m’ait été donné de voir, grâce à une fantastique version d’ »Into Temptation », un grand moment de joie partagée sur « Throw your arms around me », et un délire bon enfant sur « Weather with you » (avec tous les appareils photos environnants happés par le groupe afin de donner à leurs propriétaires des clichés qui en valent la peine), mais voilà en plus que je pouvais tenir une conversation de plus de dix minutes avec mes bénéfacteurs musicaux!! J’ai des souvenirs très vivaces et visuels de cette soirée, les étranges tatouages de téléviseurs sur le bras de Paul, les tonnes de cigarettes que je me suis enfilées en tant que non-fumeuse tellement j’étais nerveuse à l’idée de parler à Neil Finn, les histoires sur l’enregistrement d’ »Italian Plastic » (Mark Hart jouant du melodica version jouet).

Paul Hester était bien sûr le joyeux drille de la soirée, car il en est toujours ainsi, n’est-ce pas? Il se débattait avec une difficile dépression? Soit. C’est lui qui plus tard en claquant la porte a fait splitter Crowded House? Tout à son honneur, l’humeur du groupe était devenue sombre et c’était le seul moyen de faire entrer un peu d’air frais. Alors Paul Hester, qu’est-ce que le nom m’évoque: des crises de fou rire, à tomber parterre et à me faire une cicatrice que je garde au bras jusqu’à aujourd’hui; quelqu’un, qui ne pouvant croire que je ne connaisse pas Neil Sedaka, s’est jeté à genoux devant moi, entraînant tout le groupe à faire de même, et à entonner en harmonie la pire mais la plus inoubliable des mièvreries.

La douleur d’une disparition s’efface peut-être. Des souvenirs comme ça, jamais. Peut-être le monde n’est pas si mal fait.

Et parce que j’aimerais vous faire partager un peu de la magie de Crowded House à cette période, j’ai ressorti un vieil enregistrement cassette, une version acoustique de « Weather With You », enregistrée peu avant le concert sur France Inter. Nick Seymour était resté bloqué à la douane, Paul et Neil ont donc fait la promo tous seuls, nous offrant cette version merveilleusement simple. Si France Inter ou EMI ne sont pas contents, qu’ils aillent se faire voir. Ce moment est fait pour être partagé.

Paul, Rest In Peace.