La Blogothèque

French

Deuxième étape de notre promenade dans le jardin French Touche : aujourd’hui, carte blanche à French . French (pour François-Charles Gallet) est un auteur de chansons tristes et intemporelles. C’est un morphale de musique et il a le génie que cela ne s’entende pas car il a son propre style, nu, dépouillé, à vif. Il faut l’écouter, le goûter, et étendre la bonne parole : la chanson française compte encore des poètes, à nous de ne pas les maudire.


Mon parcours en tant que chanteur et davantage créateur de chanson est assez chaotique. French est un surnom qui a dégénéré à la longue en deuxième prénom d’abord au sein de ma famille. Au moment où il a fallu être présent (bien que camouflé à la perfection dans le paysage musical français), French est alors devenu un nom de scène.

Entre 1993 et 1996, j’ai fait parti du groupe bordelais Péloueyre , fondé sur le principe suivant : deux personnes écrivent des chansons pops lo-fi sous la contrainte de l’utilisation du français. Pas de grande réflexion dans le processus créatif : avant tout, il s’agissait de jouer. Les chansons étaient enregistrées sur un 4 piste analogique TASCAM, bidouillées, inversées, tronquées brutalement, ou même laissées intactes. Certains morceaux contiennent par exemple des aboiements de vrai chien, les vrais cris d’une mère agacée. Par contact, des musiciens de la scène jazz locale se joignent au duo pour les accompagner sur scène (en improvisant en général), puis quelques fois en studio, c’est à dire dans le garage. Plusieurs K7 autoproduites de Péloueyre sont diffusées à peu d’exemplaires dans le monde. Depuis le début, le groupe est soutenu par les longues missives enveloppées de bleu de l’ami [Phil Delvosalle->ubik_bardaf@hotmail.com], qui publie le fanzine Bardaf à Bruxelles tout en sortant des disques sur son label Ubik (du nom du célèbre roman de Philip K. Dick) ; des gens comme David Fennech ou Wilfried (pas encore étoilé) sortent également des choses sur Ubik, en 45t ou en compilation. Il faudra attendre presque la séparation du groupe pour que paraisse le 45t Ubik 006 « Titanic » (4 titres, pochette dessinée par Anne Gieysse), chroniqué par Beauvallet dans les Inrockuptibles (« paroles intéressantes, guitares maigrelettes »). Le groupe splitte donc à son apogée en 1996.

Lors d’une interruption momentanée du groupe en 1995 pour cause d’études dans un des trous du cul du monde (le Plateau du Moulon, Gif-sur-Yvette), je me console en enregistrant des morceaux à la guitare sur 2 pistes, en utilisant deux magnétophones pourraves et une guitare que j’ose à peine qualifier d’acoustique. De retour à Bordeaux, l’autre fondateur de Péloueyre aime bien le résultat et me propose de sortir ces chansons en K7 autoproduite sous le nom de French : voici Pièce Palace .

Après l’aventure Péloueyre, j’ai sorti officiellement deux albums presque la même année: « la Vénus démolie » sur un petit label toulousain et « Peurs de système » toujours sur Ubik. Les deux labels interrompent leurs activités hélas dès la parution de ces albums.

Depuis cette époque, j’ai continué à écrire des chansons, compilées sur des démos CD et fait quelques concerts en formation à géométrie variable, avec l’aide amicale d’Arnaud Fleurent-Didier, Flóp et François Tarot (le Son du Mois) entre autres. Une de ces chansons est sortie en chansonpoche chez Frenchtouche l’année dernière (« Qui m’aime me fait suivre »).

Je vous propose d’écouter 2 morceaux issus de ma K7 « Pièce Palace ». Le premier est une chanson de chansonnier chiffonné issue de la K7 originale numérisée (son garanti pur 78 tours des puces), La pendaison par élastique . Le second, Kamikaze , est interprétée par Péloueyre au complet en concert au mythique Jimmy de Bordeaux le 10 juin 1995.

Un de mes écrivains favoris est Philip K. Dick, surtout pour la partance en couille des fins de livre. Celui-ci écoutait beaucoup de musique. Son morceau fétiche était une composition du joueur de luth et compositeur John Dowland (Dublin 1563 – Londres 1626), Flow my tears , ‘Coulez mes larmes’. K. Dick a utilisé ce titre pour un de ses livres les plus fameux, Flow my tears, the policeman said : ‘Coulez mes larmes, dit le policier’. Ce livre contient de longues conversations-digressions où Dick nous parle de l’amour, de la création artistique, de la façon dont la théorie transforme la réalité qu’elle décrit. Je propose aux curieux d’écouter ce morceau à l’intérêt purement anecdotique (tiré du disque In darkness let me dwell , interprété par J. Potter et al., ECM 1697).

Bob Dylan . En ce moment , pas un jour sans écouter One more cup of coffee (valley below) , (morceau de Desire , 1976) joué en public en 1975 (The Bootleg Series, Vol. 5: Bob Dylan Live 1975 – The Rolling Thunder Revue, 2002). L’intro dépouillée basse/batterie avec un son plein de reverb est de toute beauté, préparant le terrain à un violon plus tzigane que country. A la fin du morceau la guitare acoustique part en vrille, en tourbillon. Et surtout Dylan se donne à fond dans l’interprétation, on est loin des récitations agaçantes, marmonnées, incompréhensibles.

Tout le disque est de cet acabit. Dylan balance une force impressionnante, bordélique parfois, quelquefois sans guitare, presque en transes (“Isis”). Sur ce disque, Dylan est accompagné entre autres par T-Bone Burnett, Mick Ronson et plein d’invités (Joan Baez, Roger Mc Guinn etc.).

L’album Astral weeks de Van Morrison (Warner, 1968) est le disque que j’emporterais sur l’île déserte. Ce disque légendaire a été chroniqué en substance(s) par Lester Bangs dans son Psychotic Reaction . Ce disque mêle le folk le plus habité à un presque free jazz. Difficile d’extraire un morceau, tout est si beau et intense, parfait : j’ai choisi le très touchant Beside you : les mots (comme sur tout l’album) y sont répétés, martelés, hoquetés en écho à la contrebasse, la guitare gipsy, la flûte, dans un final très psychédélique : ‘never never never never wonder why at all, I’m beside you, beside you, beside you ‘.

Chez moi petit il n’y avait que peu de disques, mais je me souviens que c’était la fête lorsqu’on écoutait les Frères Jacques , sans que je comprenne trop pourquoi. J’ai compris plus tard. Les Frères Jacques, c’est la fête triste, c’est la fête gaie, c’est le spectacle complet, le chant, la poésie, le ballet, le mime, le ridicule qui ne tue pas, des chansons qui tuent. Un Boy’s Band en collants noirs et gants blanc au service de véritables auteurs et servis par eux. Des chansons pleines de personnages, d’endroits, d’histoires, d’ambiances. Un conseil : promenez-vous dans Paris en écoutant ‘Rose blanche (rue Saint-Vincent)’ à Montmartre (derrière le Sacré-Cœur), ‘Le quartier des Halles’ aux Halles… A télécharger, Chanson sans Calcium (1968, en public, signée de Jean-Claude Massoulier): «une chanson pas dans le coup, un genre de rock mou, pas pour le hit-parade». La carence trompeuse ? Les Frères Jacques ont eu un succès fou, dans le monde entier.

P.-S. : Je sais de source sûre qu’il existe ou a existé un groupe anglo-saxon (américain ?) inspiré des Frères Jacques, the Jacques Brothers (je ne suis pas sûr du nom précis, l’orthographe de Jacques qui pourrait être Jack, les « s »); j’aimerais bien mettre la main sur des morceaux de ce groupe, alors si quelqu’un peut m’aider, merci.