La Blogothèque

Le Casiotone pleure

Cela fait quelque temps que je veux faire une interview de Casiotone For The Painfully Alone . Trop tard : le webzine Millefeuille s’en est excellement chargé cette semaine , on y apprend notamment tout de sa colocation avec The Rapture (l’auriez-vous cru?). Il ne me reste donc qu’à faire un post sur l’étrange Owen Ashworth, ce lonesome cowboy moderne qui, synthé en bandoulière, chevauche à travers une banlieue pavillonaire parsemée de high schools modèles.

On sait peu de chose sur CFTPA, sinon qu’il vient de San Francisco, et qu’il donne volontiers de lui l’image d’un dork au grand coeur, un genre de Scritch qui écrirait tout seul dans sa chambre des chansons d’amour sublime à des filles de sa classe auxquelles il n’a jamais osé parler. Au début, sur le premier album, c’est vraiment enregistré avec les moyens du bord, « on answerphones, boomboxes, and borrowed 4-tracks  » disent les notes de pochettes de Answering Machine Music (réédition sur Tomlab en 2002 de titres sortis aux USA en 1998-99). La musique évoque immédiatement les premiers titres de Dominique A, en particulier sur « Rice Dream Girl » qui reprend la même rythmique de synthé pré-enregistrée que « Les habitudes se perdent ». Mais on pense aussi, sur ce Secretest Crush , à la meilleure anorak pop, à cause de cette impression de maladresse, cette élégance suprême du génie par inadvertance qu’avaient les Pooh Sticks ou les BMX Bandits.

L’essai est mieux que transformé sur le second album, l’indispensable Pocket Symphonies For Lonesome Subway Cars (Tomlab, 2001). CFTPA y poursuit son auto-portrait ironique en Ignatius J. Reilly de la côte Ouest (on apprend incidemment qu’il a déménagé à Portland), produit décalé de la suburbia californienne. Les titres de ses morceaux racontent à eux seuls toute une histoire mystérieuse et poétique : Owen Ashworth y met en scène CFTPA, sa timidité (« I Should Have Kissed You When I Had The Chance « ), ses fantasmes d’aventure (« CFTPA Joins The Foreign Legion « , « A Normal, Suburban Lifestyle Is A Near Impossibility Once You’ve Fallen In Love With An International Spy « ), et ses plus beaux sweats-shirts (« CFTPA In A Green Cotton Sweater « , « CFTPA Is A Yellow T-Shirt « ). Mais parfois, même le plus chouette sweat-shirt ne suffit pas à faire passer les souvenirs : c’est le cas sur Tonight Was A Disaster , chef-d’oeuvre en forme de vignette de fin de soirée, ici immortalisée comme jamais.

Sur ce deuxième album comme sur le dernier en date, Twinkle Echo (Tomlab, 2003), la production est moins minimale et moins solitaire : CFTPA s’entoure notamment de Jamie Stewart (Xiu Xiu) et Jherek Bischoff (The Dead Science). On y trouve de vrais tubes dance-floor (enfin, selon mon idée du dance-floor), comme Oh, Illinois! , Calloused Fingers Won’t Make You Strong, Edith Wong ou encore « Jeane, If You’re Ever In Portland », qui me font vraiment regretter d’avoir raté le passage d’Owen Ashworth à Paris, il y a quelque temps déjà, à la Péniche Concorde Atlantique. Mais comme un nouvel album est annoncé pour fin 2005, on croise les doigts et on espère pouvoir rattraper ça bientôt : à mon humble avis, ce type est l’un des futurs du rock’n'roll.