La Blogothèque

Flop

Le Shoah de la chanson française . C’est la manière dont les promoteurs du projet “Chanteurs d’aujourd’hui” présentent, avec une bonne dose d’humour, cette série de DVD à paraître prochainement sur le label French Touche. En apéritif, et avant de se plonger dans cette saga mêlant entretiens et impromptus musicaux, la blogothèque a invité quelques uns des chanteurs de la galaxie French Touche à nous faire partager la musique qu’ils aiment, et leurs fonds de discothèque les plus soigneusement cachés. Ce week-end, Flop ouvre la marche entre voix d’Amérique du Sud et bocage vendéen, bientôt suivi par Guillaume Fédou, French, Matthieu de Los Chicros et Tante Hortense.

Parmi les “chanteurs d’aujourd’hui”, Francisco Lopez, plus connu sous le nom de Flop est sans doute celui qui a la plus longue expérience de l’industrie musicale. Il a publié plusieurs albums au milieu des années 1990, il a joué en live dans des émissions de divertissement radiophoniques, il a été sur le point de signer chez Sony, et puis il a été laissé de côté par le système. Peut-être son impressionnante érudition musicale (particulièrement en ce qui concerne la bossa nova), son goût de la théorie et des idées, et son intransigeance ont-ils effrayé des décideurs peu habitués à écouter des chansons aussi rigoureusement libres. Flop se produit régulièrement en concert dans diverses salles parisiennes. Ne le ratez pas !


J’ai découvert Violeta Parra grace à Robert Wyatt et sa reprise de « Arauco tiene una pena ». J’ai remarqué par la suite qu’on trouvait facilement des vinyles d’elle chez les soldeurs parmi d’autres pièces de discothèques gauchistes bradées.

C’est une chilienne à la fois connue pour son travail de folkloriste (elle a parcouru le Chili profond dans les années 50 pour recueillir toutes ses chansons populaires) et ses propres chansons à la thématique souvent amoureuse et parfois politique (d’inspiration communiste et anticléricale).

Il y a plusieurs trucs qui me plaisent chez elle. D’abord ses chansons sont répétitives, simples et mélodiques. Ensuite, elle a un timbre de voix de « working woman », à mille lieues de l’afféterie des chanteuses de variété, de rock ou de jazz. Elle affectionne les accompagnements dépouillés : un charango, une petite percussion, parfois sa voix seule.

Là c’est un peu un contre-exemple que j’ai choisi puisqu’il s’agit d’un des derniers enregistrements de Violeta avant son suicide en 1967 agrémenté d’overdubs de cordes sans doute après sa mort. Le procédé est sans doute moralement douteux mais je trouve le résultat magnifique (un peu comme le ré-habillage posthume de John Coltrane par sa veuve Alice sur « infinity »). La voix est parfois noyée par les cordes. Ce jeu avec les seuils liminaires de perception convient à merveille au thème de la chanson : Violeta remercie la vie pour tout ce qu’elle lui a donné, mais ce remerciement sonne comme un adieu. Elle semble déjà distante et à mesure qu’avance la chanson, elle chante de façon de plus en plus détachée et de plus en plus après le temps.

Ca fait un moment que la musique populaire brésilienne m’obsède. J’ai découvert Joyce parcequ’elle était invitée sur Radio Nova et jouait des morceaux en direct, juste avec sa guitare. Elle m’a tout simplement scié les burnes et est devenue ma chanteuse brésilienne préférée avec Gal Costa. Sa voix est d’une incroyable pureté. J’ai écouté en boucle sa compile chez Mr Bongo et plus récemment j’ai pompé ses vieux disques durs à trouver sur Soulseek.

Nelson Angelo et Joyce font partie du Clube da Esquina, la nébuleuse autour de Milton Nascimento. Il y a beaucoup de musiciens très talentueux dans cette bande : Lo Borges, Novelli…Ce morceau, « tiro cruzado », est extrait d’un album de 1972. J’adore la structure rythmique de la mélodie, avec sa quatrième phrase écourtée. C’est tout à fait le genre de truc que je peux fredonner sans fin.

Pierre Louki est un secret bien gardé de la chanson française. Ami de Brassens et Lapointe, il est également un exact compromis stylistique des deux.

Sur scène, il déclame des monologues absurdes et volontiers animaliers entre ses chansons. Parmi les figures de la faune qu’il affectionne, il y a les limaces et surtout les ânes (« parce que l’âne est un cheval qui n’a pas réussi »), amour ambigu puisqu’il s’identifie clairement à cette bête (grandes oreilles, rétivité, réserve).

Ainsi, la pochette de son album de 1968 (coton à trouver) présente un faciès d’âne sous son patronyme. C’est de ce disque qu’est extraite cette comptine effrayante, têtue, pacifiste et pessimiste, dont on ne sait si on peut envisager sérieusement de la jouer à un enfant : « le petit ânon ».

Je n’aime pas beaucoup le procédé du talk-over, mais là ça me parait parfait (comme la « plume d’ange » de Nougaro). J’aime aussi particulièrement l’enchaînement ravélien d’accords de piano au milieu des couplets.

Enfin pour vous présenter mon travail, j’ai choisi un duo avec ma comparse marseillaise Mjo en forme de vœu, « droit au cœur », extrait d’un cd-r de 2004 « idiots de nous ».

C’est juste joué au ukulélé et enregistré sur minidisc. Je précise que nous chantons « je voudrais t’aller droit au cœur » et non « je voudrait aller droit au cœur ».