La Blogothèque

Les (vraies) eighties sont de retour

J’ai d’abord été intrigué par une page de publicité dans le dernier Vibrations . Deux pochettes de disques trop eighties pour ne pas être eighties : un cou allongé, une nuque militaire, une brosse Desirelessienne, c’était trop pour une jeune fille d’aujourd’hui, même en plein revival, même si elle écoute the Bravery au réveil et Duran Duran pendant l’amour, avec les sous vêtements en rouge et noir qu’elle arbore sur la seconde pochette.

Non, Cristina a bien enregistré ces deux albums pendant les années 80, sur un label qui a eu la bonne idée de reprendre forme fin 2003, et revient donc pile sur la crête de la vague. Pour faire vite, Ze Records fut monté en 1978 par un gosse de riche et un Parisien à l’origine d’une boutique, Harry Cover, coeur de l’underground rock alors que découvrais tout juste les joies des yo-yo Sprite. Ils étaient amis avec John Cale et Patti Smith, ils ne prenaient pas grand chose au sérieux, devaient sniffer tous les soirs sur des tables laquées noires. Lydia Lunch, Was (not was), Alan Vega firent leurs débuts sur Ze Records.

Les créateurs du label parlent eux-mêmes d’une “génération de musiciens ‘wanabee’, souvent écrivains, peintres, réalisateurs, et autres arnaqueurs de bas étage” . Ils semblaient en tout cas bien s’amuser de la déchéance dont ils étaient moteurs et victimes à la fois, de la superficialité de l’époque. Pour preuve, cet extrait du premier album de Cristina, une adaptation de “Is that all there is” :

I remember when I was a little girl / My mother set the house on fire / she was like that / I’ll never forget the look on my father’s face / as he dragged me out of the building and onto the pavement / And I stood there shivering in my pyjamas / and watched the whole world going on in flames / and when it was all over / I said to myself : “Is that all there is to a fire ?” / (…) And when I was 16 years old / I went to my first night club / I was really excited / And there were bored-looking bankers dancing with beautiful models / And there were boys with died hair and spandex t-shirts dancing with each other / And as I sat there watching / I felt that something was missing, I don’t know what / And when I went home, I said to myself / Is that all there is to a disco ?

Ironie sublime qui n’aura pas la chance de plaire à Leiber & Stoller, les auteurs de l’original, qui feront interdire la chanson. Quatre ans plus tard, pour la sortie de son second album, elle déclarera que “si la pop music a perdu une chose, c’est bien le sens de l’ironie”. Elle n’en manquait pas : riche, intelligente, belle, le monde à ses pieds, elle se foutait de tout et il eut été délicieux de la voir faire école. Ses disques sont joyeux et légers, et ont beaucoup mieux vieilli que ce que l’on pourrait penser.

Ze records n’ont pas réédité que les albums de Cristina. Parmi le reste du catalogue, une compilation, “Mutant Disco#3 : Garage Sale” donne un aperçu de folles nuits que la plupart d’entre nous sommes sans doute trop jeunes pour bien comprendre. Mais entendre ce “No time to stop believing in love” de Daisy Chain ou ce “Maladie d’amour” des Aural Exciters donne une bonne idée de ce à quoi ça devait ressembler, de dancer, cheveux décolorés et pantalons trop courts, avec une fille en fuseaux. Tout dans les épaules, baby…

(Tout aussi délicieux, un “Undercover”, collection de reprises de titres connus par les artistes du label. une version folle de “The beat Goes on”, Lio qui reprend du Duke Ellington, “Lili Marlene” par Kid Creole… que du bonheur)