La Blogothèque

Béatitude

Les deux seuls courants de la musique contemporaine à avoir réellement atteint le grand public sont sans doute les minimalistes (dont Steve Reich et Philip Glass , qui a fait l’objet d’un précédent billet) et ce que j’appelle personnellement les compositeurs contemplatifs slaves (même s’ils ne sont pas tous slaves, ni d’ailleurs contemplatifs).

Ils viennent pour la plupart d’Europe du Nord ou de l’Est : Pologne (Henryk Gorecki ), Estonie (Arvo Pärt et Erkki-Sven Tüür ), Géorgie (Giya Kancheli ) ou même Angleterre (John Tavener ). A une époque où la musique contemporaine n’est l’affaire que de quelques-uns, certains de ces compositeurs ont atteint une véritable reconnaissance populaire. La cultissime Troisième Symphonie de Gorecki et le Te Deum d’Arvo Pärt par exemple bénéficient d’une réelle notoriété.

En courant le risque d’être accusé de généralisations trop hâtives, on pourrait dire que tous ces compositeurs partagent un rapport avec le “Sacré” et une prédilection pour les oeuvres chantées. Après l’explosion moderniste qui a marqué l’histoire de la musique au XXème siècle (de Schoenberg à Boulez), leur œuvre marque également une certaine forme de retour à la tonalité, voire pour certains à une écriture modale typique du Moyen-Age.

Un bel exemple de ce courant est Les Béatitudes (9,6 Mo), une œuvre pour chœurs composée en 1990-1991 par Arvo Pärt. Elle prend la forme d’une succession de phrases allant crescendo selon une progression harmonique implacable jusqu’à mener à un solo (le terme, tout incongru qu’il soit, me semble approprié) de grandes orgues, qui vous terrasse sur place. Une description plus technique se trouve ici.

Si vous réagissez comme moi, dès la deuxième écoute, vous sentirez toute l’œuvre tendre vers cet aboutissement et vivrez l’entrée de l’orgue comme une délivrance avec, une fois sur deux, une cascade de frissons dans le dos et un début de chair de poule.

A la semaine prochaine.