Cette semaine, notre invité est un ami. Léonard Vincent, chargé de l’Afrique pour Reporters Sans Frontières. Quel rapport avec la musique ? Une érudition en musique brésilienne et un père compositeur, Roland Vincent, qui s’est retrouvé il y a peu sur le B.O. d’un film hollywoodien. Léo nous raconte l’histoire .
Léonard Vincent – L.S.D Partie (sur la B.O. de Ocean’s Twelve )
Il ne me l’avait jamais dit et, d’ailleurs, il ne s’en souvenait même pas. La dernière fois que je l’avais eu au téléphone, l’année dernière, mon père m’avait bien laissé entendre qu’un obscur Allemand l’avait appelé pour avoir la permission de mettre l’un de ses vieux titres oubliés dans une compil dont il avait omis de noter le nom, mais voilà tout. Moi même, pris de curiosité, je l’avoue, j’avais déniché cette étrange composition intitulée “LSD Party” dans la compil hypo-club-lounge “Shake sauvage”, mais voilà tout. A l’écoute, je m’étais dit que mon père devait s’être payé de bons moments de trip musical, lorsqu’il avait mon âge, dans les années 60, mais voilà tout.
Delphine
Or, donc, récemment, c’était Noël et j’ai recroisé mon père. C’est lui qui m’a révélé que David Holmes l’avait appelé quelques mois plus tôt, pour lui dire combien il avait aimé “LSD Party”, pour lui dire aussi qu’il comptait en faire le titre-phare de “Ocean’s Twelve”, qu’il espérait vivement qu’il pourrait disposer de la bande d’enregistrement original, et qu’il voulait annoncer au grand compositeur Roland Vincent qu’il avait écrit la musique du générique en hommage à ce grand moment de pop psychédélique, tiré du film “Delphine”, un obscur nanard sans doute, une pièce de cinoche sans relief dans l’histoire du septième art en tout cas, au moins un porno hilarant ou un policier raté probablement.
“C’est quand même bizarre, me raconte mon père. C’est un morceau dont je ne me rappelais pas. A l’époque, quand j’avais à écrire des musiques de film, il n’était pas rare que j’aie à faire une piste qui se passait dans une boîte. Et alors, on se lâchait un peu.”
“LSD Party” a donc été enregistré sur un support étrangeoïde dont je ne me rappelle plus le nom, du style “plasticogravage par fusion” ou quelque chose dans ce goût-là, dans le petit studio d’enregistrement que mon père avait installé au sous-sol de notre pavillon de Courbevoie, à l’époque où les fleurs de notre pommier, au printemps, exhalait un air d’accordéon dans la rue de Strasbourg. La partie de basse électrique était tenue par Yvon Riolland, la guitare par je ne sais qui, le reste par des inconnus.
La nouvelle Basse
“Yvon venait de s’acheter une basse, raconte encore le paternel en me conseillant de goûter à son petit vin du Vaucluse. Avant, c’était mon contrebassiste et là, il passait à l’électrique. Ce jour-là, il avait envie de la tester. Je me suis mis au clavier de mon vieil orgue Hammond et c’était parti.”
Mon père a donc fait parvenir une copie de la vieille bande de “LSD Party” à David Holmes à Los Angeles et s’est sans doute réjoui, au fond de son coeur, même s’il ne l’avoue pas, qu’un jeune zouave californien aille fouiller dans ses tiroirs.
“Ils ont fait un boulot de mixage incroyable, précise-t-il. Ils ont tout remis à niveau et sont partis de là, de rien, pour donner un relief impressionnant au morceau. C’est con, quand même, comme histoire, pas vrai ?”
L’autre jour, je suis allé voir la BO de “Ocean’s Twelve” à la FNAC. “LSD Party” est en piste 3, la piste des tubes. Le lendemain, j’ai entendu l’intro du morceau en illustration d’un sujet des news de M6, ou quelque chose comme ça. J’ai peur. Moi, je repense à notre petite maison de Courbevoie, à la vue sur le Paris des années 70, aux maillots violets de mon club de foot, aux lampes en céramique orange du salon et aux délicieux spaghetti de ma grand-mère.





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