La Blogothèque

Sons et Lumières

Les amateurs de la Blogothèque, éminents lecteurs aux oreilles sensibles, s’ils habitent Paris doivent se rendre dès que leur emploi du temps le leur permettra au centre Pompidou voir primo la sublime exposition Bernd et Hilla Becher et secundo visiter « Sons et lumières », immense exposition qui propose un panorama de la création plastique autour du son et qui s’ouvre par un tableau très jaune d’un homme endormi peint par Kupka.

Les grands ancêtres des recherches sonores, Kandinsky et Schoenberg ouvrent la première salle tandis que des hauts parleurs diffusent de la musique en guise d’introduction. Il est alors très agréable de commencer la visite sous de si bons auspices et d’entamer la déambulation par l’écoute et la vue des œuvres précurseurs et pourquoi pas de trouver un intérêt documentaire aux peintures d’Arnold Schoenberg.

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Par la suite, l’art pictural et le dessin s’orientent radicalement vers la transcription des mouvements que suggère la musique et tentent des rapprochements entre partitions et couleurs, tandis qu’aux mêmes époques quelques avant-gardistes inventent le piano qui joue des images et rejoignent en ce sens les dernières évolutions de la musique électronique.

L’étrange Raoul Haussmann, activiste enragé, dadaïste et allemand propose ainsi une machine dont la contemplation pendant dix minutes peut rendre fou, et qui projette des tâches de couleur sur un mur tout en produisant des grognements. Dans un ordre d’idée assez équivalent les travaux du poète Bryon Gysin (en écoute un texte de Gysin chanté par W.Burroughs) et du musicien minimaliste et bruitiste La Monte Young (dont la “Dream House” doit être visitée après s’être déchaussé) fonctionnent comme des appareils hypnotiques et peuvent provoquer chez le spectateur épilepsie, crise de mysticisme et passage du cerveau au tambour de machine à laver. Leur art est aux limites de la perception, de la saturation mais reste une expérience d’envoûtement. Selon les goûts et les tendances artistiques de chacun, on pourra tout aussi bien se détendre et s’instruire des œuvres rythmées et fragiles du souriant et ironique Paul Klee, avant d’affronter les destructeurs modernes et l’école Fluxus, ou d’écouter le toujours très brillant John Cage dans une interview au nom paradoxale « Je n’ai rien à dire et je le dis. »

Au final, Sons et Lumière est une exposition qui met peut-être trop l’accent sur les recherches formalistes et cérébrales et manque un peu de rock’n roll mais qui parce que très complète et retracant un siècle de croisement entre musique et art plastique est d’un grand intêret historique.