La Blogothèque

Richard Davies

Richard Davies restera à jamais comme l’un de mes artistes préférés, malgré l’apparente déchéance dont il a été victime ces dernières années, l’appauvrissement de sa musique, et l’oubli dans lequel il plonge peu à peu. Pour moi, sa musique restera associée à deux albums que je chérirai éternellement, à une époque bénie et insouciante, à la découverte d’une pop fraîche et rêveuse…

Ma chronologie de Richard Davies ne correspond pas trop à celle de sa discographie. Je vais suivre cette dernière, raconter un peu mon histoire à l’envers.

The MolesThis is a happy garden

J’ai perdu l’album des Moles. Je ne désespère pas de le retrouver rapidement, en attendant j’ai été obligé de passer par le web pour trouver un morceau de ce groupe, le tout premier de Richard Davies. C’est le troisième disque de Richard que je me procurais. C’était à New York, dans le meilleur magasin de musique que j’ai visité là-bas. On y trouvait, c’était en 1995, des flexibles avec des inédits de Blonde Redhead, tout ce que John Zorn a pu publié, et donc l’intégrale de Richard Davies, dont cet album, The Moles. D’inspiration noisy, proche des Ride, on y distinguait déjà le gout de Davies pour les mélodies superbement bancales, et cette voix un brin excessive, tordue, qui en fait à l’époque un peu trop dans le maniérisme.

C’est dans ce magasin que j’apprenais que Richard Davies jouait à New York deux jours plus tard, que je ratai son concert, que je le cherchais pendant qu’un inconnu nommé Elliott Smith jouait dans la salle, puis que je jouais son répertoire, avec lui, dans sa loge. Souvenir merveilleux.

Richard DaviesSign up maybe from being & Chips Rafferty

C’était à Rough Trade, précieux magasin parisien qui a fermé ses portes il y a maintenant plusieurs années. J’étais étudiant, j’avais du temps, et tous les mardis, je me rendais là-bas. Le vendeur me connaissait, il me désignait les disques qui me plairaient. There’s never been a crowd like this en faisait partie, je ne m’en suis jamais remis… Des mélodies en apesanteur, des arpèges légères et dynamiques qui portaient à flotter, et une bizarrerie permanente, un petit décalage, des ponts impromptus, des histoires rêveuses… Je n’ai jamais lâché ce disque. Il est pour moi la liberté même, comme se laisser tomber dans une herbe grasse sous un soleil d’été. Tout le disque est à l’image de ces deux chansonq. Léger, porteur, magnifique.

CardinalSinging to the Sunshine

Peu après je découvrai Cardinal , un album qui fait aujourd’hui figure de classique. C’est ô combien mérité : ici, les compositions asymétriques de Richard Davies font la balance avec la préciosité des arrangements d’Eric Matthews (déjà évoqué sur ces pages), sa voix nasale contraste avec celle, de velours, de son comparse. Ils n’ont jamais plus rien enregistré ensemble.

Puis, Richard Davies a sorti Telegraph , son plus gros succès à ce jour. Assez connu, je pense, pour ne pas mettre de morceau ici. Puis, deux ans plus tard, le désastreux Barbarians , que j’ai acheté par fidélité, écouté quatre fois en six ans.

Richard DaviesFeed the world

Je n’ai ensuite plus entendu grand chose de lui, jusqu’à cette découverte, sur une compilation de noël du label Kindercore, sur laquelle il reprend Feed the world depuis sa cuisine, avec le synthé yamaha de sa cousine et le magnétophone Fisher Price de son neveu. En écoutant ce morceau, j’étais amusé et triste à la fois. J’essayai, en vain, de savoir quel degré ce morceau était ironique.

Depuis, j’attends. Sait on jamais. On nous a promis un album pour la fin 2004. Peut-être l’an prochain. Respect, Richard.