La Blogothèque

Moondog alias Louis Hardin

Si Vincent Van Gogh avait pu se réincarner en musicien, sans nul doute, aurait-il choisi d’habiter le corps de Louis Hardin, balladin et expérimentateur, clochard et piéton mystique, l’une des figures les plus étrange de la scène musicale américaine qui vécut en péripatéticien sur les trottoirs new-yorkais.

Moondog est né en 1916, et eut les yeux crevés à 13 ans par un bâton de dynamite. Il ressemblait autant à Merlin l’enchanteur qu’au Christ et même à Dieu le père, portait une barbe blanche et parfois des habits de vikings, casque à cornes compris, et arpentait les rues en jouant sa musique, déclamait des poèmes de quelques vers, et se ridiculisait consciencieusement par ses excentricités, ce qui ne l’empêchait pas d’être un musicien très original, un minimaliste avant l’heure, et un grand admirateur de Jean Sébastien Bach.

Cette marginalité assumée, l’artiste Moondog la choisit par souci de pureté, par dégagement, par anticonformisme ou pour ressembler aux saints d’autrefois des ordres mendiants, on ne sait pas. Toujours est-il, qu’inspiré par ce mode de vie, il composa des airs qui rappellent la musique médievale et les chants traditionnels des peuples primitifs, qu’il entrecoupait parfois de textes brefs et d’enregistrements sonores effectués en pleine rue.

« J’aurais aimé vivre à l’époque où de grands génies vivaient » dit une dame à la voix bourgeoise sur le morceau « Street Scene », puis l’on entend Moondog lire des extraits de sa prose laconique et mystérieuse.

Moondog est décédé en 1999, il avait 83 ans et sa carrière de musicien des rues l’avait fait croiser de nombreux artistes importants : Philip Glass, Steve Reich, Stravinsky, et même Janis Joplin qui fit une reprise de « All is Loneliness ». Plus récemment, on a pu entendre “Stamping Ground” sur le B.O du film « The big Lebowski », un titre de Moondog, et dans une publicité pour une banque l’air devenu célèbre et que chacun connaît sans savoir qui en fut l’auteur de « Bird’s lament », un morceau écrit en souvenir de Charlie Parker que l’on surnommait l’oiseau.