La Blogothèque

Don’t Breathe What You Can’t See

Ca faisait un moment que Jello Biafra n’avait rien sorti musicalement parlant, préférant se concentrer sur ses spoken words. En 2000, il y a avait bien eu l’EP de Lard (groupe issu de son association avec les mecs de Ministry ) intitulé 70′s Rock Must Die , mais bon, trois titres en sept ans, ça commençait à faire un peu léger.

DEAD K., le retour ?

Alors voilà, il revient, il n’est toujours pas très content et il s’associe avec les Melvins . Ça aurait pu me servir de prétexte à écrire un titre hilarant du genre « Jello Turns To Metal », mais c’aurait été un demi mensonge, et comme je viens de le replacer dans le corps de cet article, je peux me permettre d’allier honnêteté intellectuelle et humour désopilant. Ceci dit, aussi surprenant que ça puisse paraître quand on connaît un peu le parcours des Melvins, Don’t Breathe What You Can’t See sonne plus comme un Dead Kennedys avec une prod un peu grasse que comme le successeur de Pigs Of The Roman Empire .

D’ailleurs, ceci nous renvoit indirectement au différend qui a opposé Jello Biafra aux autres membres des Dead Kennedys qui prétendaient que, ne sachant jouer d’aucun instrument, il ne pouvait avoir contribué à composer les morceaux de son ancien groupe. Sur cet album, non seulement il a écrit ou co-écrit la musique de la moitié des morceaux, mais en plus le résultat sonne typiquement comme ce qu’aurait pu donner un nouvel opus des Dead Kennedys. Au passage, nous nous voyons même gratifiés de quelques solos aux accents rappelant de façon plutôt narquoise les sonorités chères à East Bay Ray durant l’âge d’or du groupe. Globalement, ça reste donc relativement punk avec quelques bonnes grosses touches métalliques et, mis à part dans quelques passages et dans la dissonance de certains solos, le style des Melvins se fait relativement discret, apportant cependant sa pierre à l’édifice de la plupart des morceaux de l’album.

Pour les textes, d’abord

D’un côté, c’est appréciable, car Biafra est extrêmement à l’aise sur ces compos pêchues qui semblent avoir été créées pour lui, mais on peut en revanche se sentir un peu blasé et regretter un manque de surprise tout au long de l’album. Il y a bien Islamic Bomb pour apporter une petite touche d’originalité bienvenue, mais ça reste globalement assez classique, bien qu’efficace, jusqu’au dernier morceau, intitulé Dawn Of The Locusts . Et là, paf, l’esprit des Melvins, qui était auparavant clairement relégué au second plan, se réveille et défonce tout sur son passage. Le morceau est à la fois énergique et extrêmement pesant, secoué de spasmes dissonnants et de changements de tempo, et sa conclusion apocalyptique résonne encore quelques instants dans le silence de la fin du disque.

Ceci dit, malgré la bonne tenue musicale de l’album, il demeure évident que les textes de Jello Biafra constituent l’un des aspects les plus attendus de Don’t Breathe What You Can’t See , comme c’est le cas pour la plupart de ses projets. Un coup d’oeil au livret du CD suffit à comprendre ce qui nous attend à l’écoute du disque. Biafra et les Melvins sont crédités sous les noms de Osama McDonald, Jon Benet Milosevic, George W. McVeigh et Saddam Disney, on nous mentionne la « participation » de Mohammed Atta et de John Ashcroft à l’écriture de paroles, et les titres des morceaux ne sont pas moins explicites : entre Islamic Bomb , The Lighter Side Of Global Terrorism et Caped Crusader , il est clair que la guerre contre le terrorisme et ses conséquences ont pas mal inspiré Jello Biafra.

Jello a tué les Kennedys

Et effectivement, on retrouve tout au long de l’album ses charges sarcastiques habituelles, son univers satirique paranoïaque et ses saillies plus ou moins fondées sur des sujets aussi divers que les yuppies en Hummer (Yuppie Cadillac ), l’obsession sécuritaire (Plethysmograph , McGruff The Crime Dog ) ou les fanatismes religieux (Caped Crusader ). Comme d’habitude sur ce genre de sujets, son écriture est assez jouissive et fait souvent mouche. Et puis, fait plus rare, on trouve sur l’album un morceau plus personnel (Enchanted Thoughtfist ) qui traite de façon étrangement hésitante de son propre engagement et des erreurs à l’abri desquelles il n’est pas. Une sorte de mélange de Bozo Skeleton (présent sur l’album de Lard The Last Temptation Of Reid ) et de Where Do You Draw The Line ? (sur Bedtime For Democracy des Dead Kennedys), sans doute un peu naïf mais intéressant de par le fait qu’il traite d’un thème rarement évoqué par le chanteur.

Et finalement, parmi la multitude de projets menés par Jello Biafra depuis le split du groupe qui l’a fait connaître, c’est cet album qui se trouve être le plus proche des directions prises par les Dead kennedys sur Frankenchrist et Bedtime For Democracy . Et s’il faut leur choisir un héritage entre un groupe qui se reforme en allant chercher le chanteur de Dr. Know pour sortir des versions live ou remasterisées de ses anciens albums et donner depuis quatre ans des concerts intégralement constitués de morceaux sortis il y a une quinzaine d’années et un mec qui, après avoir pondu les deux albums de Lard, participe à un disque de cette qualité, mon choix est vite fait.