La Blogothèque

Dennis Cooper

Stephen Prina : Hand in Glove sur Push comes to love (Drag City, 1999)

Comme Michel Houellebecq, l’écrivain californien Dennis Cooper est surtout connu comme romancier (Frisk, Closer, Try , tous traduits chez P.O.L.), mais il est aussi – et peut-être surtout – poète (The Dream Police ). À la différence de Houellebecq, cependant, il n’a jamais lui-même chanté ses poèmes : c’est Stephen Prina qui s’est chargé de mettre en voix, sur un limpide accompagnement à la guitare de David Grubbs (Gastr del Sol), ce “Hand in Glove” au titre évidemment très smithien, mais au contenu explicitement cooperien :

«It should be a guy being fucked on an unmade bed but in fact it’s an old phrase by which I’m reporting the cooled interactions that come into focus now that I’m shielding my eyes from a lust that’s supposed to be ultimate… »

Hüsker Dü : Celebrated Summer sur New Day Rising (SST, 1990)

Hüsker Dü est sans doute (avec Slayer) le groupe le plus présent dans la production romanesque de Dennis Cooper. Pour preuve, cet extrait du début de Try (Ziggy est au téléphone avec Nicole) :

« Ziggy se penche, appuie sur le bouton PLAY du magnéto. New Day Rising commence. “Écoute ça. Juste une seconde, d’accord ?” Il approche le télephone d’une des enceintes. C’est “Celebrated Summer”. I summer where I winter at, and no one is allowed there … Au bout d’une minute, il porte de nouveau le combiné à sa bouche et s’écrie “Putain c’est génial” puis le replonge dans la chanson pendant vingt, vingt-cinq secondes. Then the sun disintegrates between a wall of clouds … “C’est pas génial ? demande Ziggy. Bob Mould peut chanter ce qu’il veut, ça me fait pleurer ! Pas vraiment mais… tu vois ce que je veux dire ? Je suis furieux qu’ils se soient séparés ! Connards ! Non, je rigole.” »

Sebadoh : Spoiled sur Sebadoh III (Homestead, 1992), repris sur la BO de Kids de Larry Clark (1995)

Cooper a aussi, dans les 80′s et au début des 90′s, fait des piges dans des magazines musicaux (notamment à Rolling Stone), rassemblées par la suite dans All Ears (traduit en français chez Balland sous le titre À l’écoute ). On y retrouve bien sûr Hüsker Dü et Bob Mould, mais aussi une nécrologie de Kurt Cobain et une interview de Courtney Love qui témoignent d’un intérêt certain pour la scène grunge. Dans une interview accordée en 1995 à The Write Stuff, Dennis Cooper, à qui l’on demandait quels étaient ses groupes préférés du moment, répondait :

« My favorite band is Sebadoh. They’re from Massachusetts. The bass player is from Dinosaur jr. That is the first great band for me since My Bloody Valentine. I like Pavement. I like that emotionally fucked up, slacker stuff. »

Rien d’étonnant à retrouver ici Lou Barlow, bâtisseur de la “cathédrale du grunge” (copyright Arnaud Viviant), parrain du lo-fi, précurseur aussi bien de l’anti-folk que de l’emo-core. À travers ses diverses incarnations (Sebadoh, Sentridoh ou The Folk Implosion), Lou Barlow incarne en effet cet emotionally fucked up qui est le point commun de toute une musique (et même de toute une culture) américaine contemporaine, naviguant à vue sur le fil d’un lyrisme à l’âpreté dépouillée, et en même temps toujours aux portes du high drama . Pour illustrer cela, le titre “Spoiled”, sorti sur l’album Sebadoh III , puis repris sur la BO du Kids de Larry Clark (ce n’est évidemment pas une coïncidence, tant les univers de Cooper et de Clark présentent d’affinités) :

« Spoiled children soon to fall

Freedom is the lie we live

We will wait for tragedy

And scatter helpless to the fire »

Xiu Xiu : Mike sur Fabulous Muscles (5 Rue Christine, 2004)

Imprégnée de tant de musique, l’écriture de Dennis Cooper ne pouvait manquer à son tour de toucher des musiciens. Cette influence est particulièrement perceptible dans les paroles écrites par Jamie Stewart pour Xiu Xiu, et l’intéressé l’avouait d’ailleurs naguère dans une interview donnée à la Blogothèque (version 1) : « Un auteur comme Dennis Cooper m’a sans aucun doute amené à tenter d’explorer certains sujets que j’avais auparavant un peu peur d’aborder (…). Les écrivains qui ont exploré des territoires un peu sombres ont sans doute influencé ce que nous faisons dans le sens où ils nous ont amenés à dépasser l’angoisse que peut susciter le fait d’écrire sur ce genre de sujets. » On comprend de quelle angoisse il parle en écoutant par exemple « Ian Curtis Wishlist » sur A Promise (2003, photo) ou bien le terrifiant “Mike” qui cloture le dernier LP Fabulous Muscles :

« Dad, what was Nigel supposed to do with your body? (…)

I feel like I am not nice because sometimes

It is hard for me to think something happy about you

Except for that, dad, I love you and will always, always miss you

Pull my finger »

This post explores various aspects of the relationship of californian writer Dennis Cooper to popular music : Stephen Prina gave voice to his poem “Hand in Glove” ; Hüsker Dü’s “Celebrated Summer” appears at the beginning of the novel Try ; Sebadoh was Dennis Cooper’s favourite band in 1995 ; Xiu Xiu’s frontman Jamie Stewart claims Cooper as a source of inspiration for his straightforward and often harsh lyrics.