La Blogothèque

Brian Eno

Je suis récemment allé voir ‘Clean’, dont la bande-son use abondamment d’oeuvres de Brian Eno. Comme il m’en faut peu, ça m’a semblé être une bonne occasion pour évoquer le personnage.

Le nom de Brian Eno jouit d’une notoriété certaine et la presse lui accole volontiers des qualificatifs ronflants tels que le “pape de l’ambient”, le “précurseur de la techno” ou le “Einstein du rock” (les anglais utilisent parfois l’anagramme One Brain pour le désigner). C’est devenu un cliché journalistique de le mentionner dans les chroniques de disques, pour peu que ces derniers aient quelques vagues caractéristiques communes avec l’ambient, la world-music ou encore la pop un peu barrée. Ces incessantes références ont de quoi intimider et il me semble que, si Eno a un nom que l’on cite volontiers, on écoute finalement assez peu ses disques.

La place manque pour que je puisse me lancer ici dans une biographie complète du personnage et j’en suis de toutes façons bien incapable. Mon but sera donc simplement d’énumérer les quelques grandes lignes directrices de son œuvre et proposer un morceau emblématique pour chacune d’entre elles.

Après avoir quitté Roxy Music où il avait brièvement officié, Eno se lance dans l’écriture et l’enregistrement de ses quatre grands disques de chansons, Here come the Warm Jets (1973), Taking Tiger Moutain (1974), Another green world (1975) et Before and after science (1977). Le premier album est dans la lignée de ce que pouvait faire Roxy Music et de tonalité franchement glam-rock. Sa musique s’éclaircit ensuite d’album en album jusqu’à annoncer la période ambient. De cette époque, je considère que presque tout est indispensable mais puisqu’il faut bien choisir un titre, je vous propose Backwater (3,6 Mo), un extrait de Before and after science, et sans doute une des chansons que j’ai le plus écoutées. Les feux d’artifice de claviers qui apparaissent dans le dernier tiers m’émerveilleront toujours.

L’album qui ouvre en 1975 la période ambient est Discreet Music et je dois bien avouer n’être jamais parvenu à l’écouter en entier. Les albums suivants me semblent plus intéressants : Music for films (1978), Music for Airports (1978), The Plateaux of Mirror (avec Harold Budd, 1980), On Land (1982) et Apollo (1983) notamment. Ils sont la concrétisation pratique de la théorie d’Eno selon laquelle l’ambient doit être une musique d’ameublement , à entendre plus qu’à écouter (voir par exemple les notes de pochette de On land). Pourtant, le plaisir que l’on prend à écouter ces disques est réel et, s’il s’agit indéniablement d’une musique apaisante, on est loin des compiles Chill Out ou autres disques de relaxation auxquels certains résument parfois le genre. Pour vous donner une idée plus précise, je vous propose un extrait de The Plateaux of Mirror, Not yet remembered (3,7 Mo).

Parallèlement à sa production propre, Brian Eno poursuit une brillante carrière de producteur pour, entre autres, David Bowie, U2, James, Robert Wyatt ou encore les Talking Heads. La collaboration avec ces derniers s’est d’ailleurs poursuivie en 1981 avec l’enregistrement d’un album en collaboration avec David Byrne (My life in the bush of ghosts), pour lequel Eno va recevoir une nouvelle brouette de titres honorifiques (“inventeur de l’échantillonnage” et “précurseur de la world-music” par exemple). Les compositions y semblent en effet basées sur l’idée de faire se rencontrer des voix de toutes origines sur fond de percussions. La description vaut ce qu’elle vaut mais vous pouvez vous faire une idée plus précise en écoutant cet extrait : Regiment (3,8 Mo).

En 1992 paraît Nerve Net, un disque mal aimé et un peu à part dans sa discographie. Après 10 ans presque exclusivement consacrés à la recherche de transparence et de fluidité dans sa musique, il y renoue avec des sons plus organiques, avec le rythme, jusqu’à évoquer une certaine forme de jazz (ou space jazz comme le dit joliment un des morceaux de l’album). De ce disque, je vous propose le morceau le plus calme The roil, the choke (4,8 Mo). Si vous en avez la possibilité, je vous conseille d’écouter dans la foulée ‘Lemon’ (un extrait de Zooropa, l’album de U2 sorti à la même époque), pour voir à quel point Brian Eno peut vampiriser les disques qu’il produit. Le morceau ‘Warsawa’ sur Low de David Bowie en est un autre bel exemple.

Je passe volontairement sous silence toutes les sorties postérieures à 1992. Elles ne sont pas indignes (The Drop (1997) par exemple recèle quelques beaux moments) mais Eno semble y avoir renoncé à défricher et se contente de parcourir son domaine, non sans un soupçon d’auto-satisfaction. Le fait que la plupart des disques parus depuis 1992 soient des collaborations avec d’autres artistes ou bien les bandes-son de ses installations visuelles est de ce point de vue assez parlant.

Avec ces quelques lignes et ces quatre fichiers, je ne peux guère qu’effleurer tout ce que Brian Eno a entrepris depuis plus de 30 ans, mais j’espère néanmoins avoir donné à l’un(e) ou l’autre d’entre vous l’envie de s’y intéresser plus avant. Pour plus d’informations sur sa discographie et sa carrière, je vous conseille de visiter le site de référence Enoweb ou le toujours fiable All Music Guide.

Brian Eno’s name is often cited when journalists have to talk about anything even remotely associated with ambient, world-music or bonkers pop. But who really listens to his work? Here I tried to file his numerous records into 4 categories. The first one contains the 4 albums of songs he recorded in the mid-70s (Here Come The Warm Jets, Taking Tiger Mountain, Another Green World and Before And After Science)(hear Backwater (3,6 Mo)). The second one contains his early ambient work (Music For Airports, On Land, The Plateaux Of Mirror, Apollo, Music For Films) (hear Not yet remembered (3,7 Mo)). The seminal My Life In The Bush Of Ghosts (1982) is put in a category of its own for its revolutionary use of samples and the major influence it’ll have on the concept of “world music” in the 80s (hear Regiment (3,8 Mo)). The fourth category contains also a single album, Nerve Net (1992), for its bizarre mix of jazz rhythms, vocodered voices and electronic guitars (hear The roil, the choke (4,8 Mo).

Obviously those 4 tracks can only hint at the richness of Eno’s work but I hope that, maybe, they’ll get some of you to look more closely into it.