La Blogothèque

“Brass Band”, Kezako ?

Originellement, et stricto sensu , l’expression « Brass band » désigne un « orchestre de cuivres ». Assez paradoxalement finalement, puisqu’elle sert en fait à dénommer tout groupe de musiciens composé de cuivres ET de percussions, à l’exclusion de tout autre type d’instrument. En Français dans le texte, une « fanfare » donc.

Mais loin des définitions plus ou moins rigoureuses, on constate rapidement qu’il s’agit surtout d’une expression fourre-tout ayant pour seule constante de désigner la prédominance des cuivres.

Né au 19e siècle, en Angleterre, à l’heure où les profondes mutations industrielles allaient imposer le collectif de travailleurs comme principal référent identitaire, la création de ces fanfares fut l’objet d’une véritable mode dans les milieux ouvriers – autrement dit, à l’époque, c’était hyper hype . En gros, un peu l’image du vieux groupe de mineurs jouant de la trompette le dimanche après-midi, dans l’arrière salle du bistrot local, comme l’a si bien dépeinte Mark Herman dans Les Virtuoses (en Anglais, Brassed off ).

Aujourd’hui, un simple détour par la kermesse du coin ou une brève recherche sur Google suffit à convaincre que cette tradition perdure bel et bien et a largement dépassé, depuis lors, les frontière britanniques. Pour animer, notamment, nos palpitantes brocantes de quartier, mais pas seulement. On retrouve en effet de par le monde (de Goteborg au Luxembourg, en passant par l’Ausralie ou le Japon) de très nombreuses et très sérieuses structures pratiquant ce qu’il est convenu d’appeler du classique « British Brass Band ». Concours, championnats, journaux spécialisés, festivals et de nombreux sites leur sont consacrés. Jusque là, rien de très croquant à se mettre sous la dent, mis à part peut être cette interprétation très «brassée » donc, et archi bloguée, de Smell like Teen Spirit .

Aux Etats-Unis, le concept se complexifie; se teintant de jazz et se confondant avec la vieille tradition des Walking et Funeral Bands de la Nouvelle Orléans elle débouche sur une panoplie de formules très jouissives.

C’est donc en toute logique qu’on y retrouve une musique beaucoup plus métissée, moderne et dynamique, se revendiquant aussi bien du jazz, du funk, de la soul, voire même, plus récemment, du hip-hop. Et c’est là que ça devient véritablement excitant.

Ainsi en est-il des Youngblood Brass Band (dont voici sans doute l’un des titres les plus réjouissant, Brooklyn ) que le dossier de presse décrit en ces termes : «New Orleans-like brass band meets hip hop meets funk meets soul ». Ce collectif détonnant, bluffant de générosité, d’énergie et d’enthousiasme se distingue en effet par l’originalité de sa démarche. Proche du label Anticon, ayant enregistré et joué avec Talib Kweli, Mos DeF et DJ spoky, le groupe a réussi à marier avec brio Hip-hop et Brass music (écoutez Diaspora , en guise de CQFD) faisant l’unanimité et s’attirant un public des plus hétérogènes. Depuis près de deux ans, ils se produisent fréquemment en Europe (le 5 novembre à Bruxelles, le 10 à Colmar et le 14 à Paris ) où ils rencontrent un «succès» grandissant et justifié.

Mais on ne peut parler de Brass Band américains sans citer les Rebirth Brass Band, résolument Funk-Jazz, ainsi que les Dirty Dozen Brass Band, dans la directe tradition des Walking Bands. Ces deux formations qui officient depuis de nombreuses années présentent une discographie déjà impressionnante et prétexte à de nombreuses réjouissances. Deux trop courts extraits du dernier cd des Rebirth, «Rebirth for life », pour tenter de vous en convaincre («Gimini Rising » et «Always there ») et My feet Can’t Fail Me Now , du Dirty Dozen.

Beaucoup plus borderline , les inévitables Mardis Gras Brass Band, Autrichiens de leur état, proposent quand à eux une musique plus variée, parfois nettement plus « produite », faite de brass et de broc (samples, scratchs, effets de production et, ô offense, … un chanteur!). Le groupe se joue des règles, flirte avec les limites et les genres. Et ce n’est 1, ni 2, ni 3, mais bien 4 titres que je vous offre madame pour leur faire pardonner leur reprises opportuniste et hasardeuse du Kung Fu Fighting de Carl Douglas.

Mais aussi bon que puissent être leurs albums respectifs, c’est sur scène que ces groupes prennent toute leur dimension. Que l’on écoute pour s’en convaincre ce concert des Youngblood Brass Band, donné aux côtés des Mama bidgdown’s Brass Band en juin 2003, et entièrement downloadable ici (27MB). On y perçoit sans peine tout l’enthousiasme et la fougue qui habitent ces new-yorkais sur scène (sur scène, mais pas seulement) et qui rendent leurs concerts si jouissifs, si systématiquement uniques.

A découvrir aussi ces deux extraits (ici et , ce dernier étant une reprise du Let’s get it On de Marvin Gaye et le reste du concert étant downloadable ici) d’un concert des Rebirth Brass Band avec la participation du grand Fred Wesley, ancien tromboniste et bras droit du Godfather himself pendant près de 10 ans, avant de jouer pour Count Bassie, Maceo Parker, etc.

Enfin, citons quelques versions plus exotiques de la formule Brass Band. Le Gangbé Brass Band, notamment, originaire de Cotonou, ou encore le bien nommé Bollywood Brass Band dont trouvera deux courts extraits ici et .

Et on ne peut bien évidemment conclure un tel article sans se remémorer les fanfares balkaniques, si bien mises à dans l’honneur dans le «Underground » de Kusturica, grâce aux talents de Boban Markovic (un court extrait ici) et de Goran Bregovic. Dans ce registre, La Fanfare Ciocarlia, «Roumaine et Gypsy », réjouit tout autant, avec des titres tels que ce Bubamara , détonnant, extrait de l’album Iag Bari .

Bref, une musique qui, sans tambours ni trompettes (hahaha…), malgré une apparence parfois assez monotone, offre bel et bien un panorama extrêment varié de réjouissances multiples.