La Blogothèque

For A Minute There I Lost Myself

Je monte les escaliers qui mènent à la sortie du POPB.

Mes jambes flageollent.

« For A Minute There I Lost Myself, I Lost myself… »

je me répète inlassablement. Merde il pleut.

Merde, impossible d’accéder au métro.

Merde trop de monde. Merde trop de pluie.

Merde trop de taxis qui ne s’arrêtent pas.

Merde à ce taxi qui me prend

et râle parce que Charenton c’est juste à côte de Daumesnil.

Merde.

Merde ce fut un grand concert. Mon premier concert de Radiohead.

Pleins d’à priori.

Je ne voulais pas voir Asian Dub Foundation

qui ouvrait la soirée. C’est inutile les à prioris…

Je crois que depuis que je m’ouvre à d’autres musiques

que la pop, mes esgourdes s’ouvrent à tout.

C’est grâce à Charles Mingus. Sûr !

Sorte de Beasty Boys Orientaux, les Asian Dub Foundation m’ont fait remué

les hanches et tout le reste ! Bien sûr, les basses énormes contribuent à cela,

mais j’en redemande.

Et puis des mecs qui hurlent « Fuck Bush »

c’est cool même si c’est banal aujourd’hui,

vu que la majorité de la planète hait cet imposteur

à la place d’Al Gore…

En même temps, je ne dis pas qu’Al Gore eut été mieux !

Je me sentais vieux au milieu de la foule,

une fois les lumières allumées

après qu’Asian Dub Foundation soit parti…

Une majorité de 15-25 ans m’entouraient.

Radiohead rassemble.

Une bande de lycéens et lycéennes pestent

derrière mon un mètre quatre-vingt-neuf :

« Il est grand celui-là… En plus il garde sa veste,

il doit crever de chaud… »

Je ne me retourne pas.

Je n’ai pas chaud. Je suis juste comme il faut.

Je les soupçonne de me prendre pour un british;

rouflaquettes + casquette + veste en cuir marron avec col seventies = British.

Mon look serait-il faisandé ?

Je suis là à attendre que Radiohead joue.

À la place de Bernard qui m’a filé sa place

pour cause de bras vilainement cassé.

Donc je ne suis pas véritablement excité.

Je n’attends rien de Radiohead.

Je sais c’est con d’écrire cela, mais depuis Ok Computer,

les boucles électro m’ennuient…

Quand The Bends le deuxième album de Radiohead est sorti,

je l’ai acheté aussitôt parce que je les avais vu jouer

My Iron Lung à Nulle Part Ailleurs…

J’écoutais ce disque en boucle.

Nice Dream , Black Star ,

High And Dry , Fake Plastic Tree ,

des chansons qui me tenaient vivant

dans cette cuisine de restaurant Fast Food…

J’avais l’impression d’être le seul à écouter ce disque

pendant que tout le reste du monde ne se préoccupait

que de BritPop, du duel Oasis/Blur, des facéties de Jarvis Cocker…

Radiohead jouait des tripes,

forcément moins photogéniques

que Girls And Boys et Wonderwall

Ce soir quand Radiohead entame My Iron Lung

et que la foule saute haut,

j’ai la sensation d’être entre amis.

Je ne me souviens pas de l’ordre des chansons,

j’ai un mal fou à me souvenir des titres de leurs chansons…

Quand Thom Yorke a commencé à chanter Lucky

je croyais que c’était Exit Music

Ce n’est que le lendemain du concert que j’ai pour la première fois jeté un oeil

sur les paroles que marmonne Thom York.

Il y a eut des grands moment de transes rythmiques,

la batterie et les basses ronflaient…

Même si je dansais comme tout le monde,

j’ai préféré les chansons.

Karma Police mieux que The National Anthem ?

Sur cette dernière justement, Johnny Greenwood a été sidérant,

balançant des trucs cinglants, hébétés, sa guitare avait rendez-vous

avec John Coltrane et Captain Beefheart.

Hallucinant la folie qu’il crée avec sa six cordes et ses pédales d’effet !

Même les autres membres du groupes semblaient éblouis.

Ils souriaient, admiratifs.

Le midi, Bernard m’avait donné Le billet.

Un ticket pour la grand messe.

Il m’avait prévenu.

Ils refusent de jouer Creep !

Et bang ! au bout d’une heure de concert,

Radiohead joue Creep pour le public français.

16000 personnes ou presque chantant « I wish I was special…} »

c’est aussi énorme émotionnellement que lorsque dans cette même salle,

je me retrouvais à chanter les nananananas du final de Hey Jude

quand Mc Cartney est venu nous offrir

une belle tranche de positive nostalgie.

Les chansons restent.

Creep a fait de Radiohead un monstre mais la chanson reste.

Thom Yorke est souriant. Reconcilié avec son tube.

Un freluquet qui danse comme un demeuré,

il chante en secouant sa tête infiniment de gauche à droite.

Il vit sur scène.

Il est content.

Je m’attendais à une sorte de dépressif, non.

Il est content.

Mis à part Johnny Greenwood qui se cache sous ses cheveux,

tout les autres membres du groupe ont un sourire généreux.

Ils sont heureux.

Relativement normaux. C’est rare.

Le lendemain j’ai tout réécouté depuis The Bends jusque Hail To The Thief.

Trajectoire impeccable même si les albums de remise en question sont moins convaincants.

La musique parle d’elle-même.

Dès lors que Radiohead jouait les classiques de Ok Computer et de The Bends ,

il y avait une atmosphère totalement différente.

Une grande Messe.

Mais ce matin à l’écoute The Nationnal Anthem et de How To Disappear Completly ,

je me dis que j’ai rien compris et que Kid A est terrible.

Laisser le temps aux chansons de se révéler.

Une bonne mission.

David Scrima