
#16 - Sacha Bossa
On peut prendre comme point de départ d’une Bossa Nova complètement aboutie deux disques de la fin des années 50, le Chega de saudade de Joao Gilberto, sorti au Brésil en 1958 et la BO du film Orfeu Negro, signée de Luiz Bonfa et A.C. Jobim. Tourné au Brésil en 1958-1959 par le réalisateur français Marcel Camus, Orfeu Negro reçoit la palme d’or du Festival de Cannes de 1959. Cette BO, récemment rééditée, et ses bijoux intemporels, Manha de Carnaval de Luiz Bonfa et A Felicidade d’Antonio Carlos Jobim, révèlent au monde entier la Bossa Nova au moment même où elle explose au Brésil.
La France, en première ligne, percute immédiatement. Elle est alors sous l’emprise des rythmes exotiques. Brigitte Bardot danse le Mambo dans Et Dieu créa la femme, le cha cha cha s’invite dans les bals, on danse la baion, les artistes cubains authentiques le disputent aux belges déguisés, Dario Moreno triomphe avec Si tu vas à Rio, Jean Constantin chante Les pantoufles à papa. A peine née, la Bossa Nova est présentée à un public friand de déhanchements exotiques comme "le nouveau rythme du Brésil" et les premiers 45 tours Bossa Nova enregistrés en France tentent avec énergie de faire croire que la Bossa Nova, ça se danse. Oui, mais comment ? se demande-t-on sur ce forum. Ceux qui se sont débarrassés de ces 45 tours ont dû à un moment se poser la question.
Enrique Reynaldo et ses desafinados
Pour Enrique Reynaldo et ses desafinados (on ne sourit pas) de 1962, Vogue annonce la couleur : sur la pochette, qui ne fait pas mystère de la filiation recherchée avec la musique afro-cubaine, c’est marqué "Spécial danse" en gros. Enrique met la gomme autant qu’il le peut sur les versions des classiques de Jobim et fait bien ressortir le rythme pour les danseurs. Un orgue flou vient évoquer de temps en temps la version survitaminée de la Bossa jouée dans les bars de Rio mais tout cela est bien timide. Reste une version de Samba de uma nota so tout en rondeurs et un joli O Gatinho (le petit chat), seul original du lot. Et des notes de pochettes si savoureuses que je les reproduis telle-quelles :
ENRIQUE REYNALDO, authentique brésilien, a tout naturellement été l’un des premiers à lancer cette nouvelle danse dont tout le monde raffole : LA BOSSA NOVA. Tout un chacun sait maintenant que la Bossa Nova s’applique particulièrement à la Samba et a trouvé comme elle son origine au Brésil. Les musiciens improvisent sur des chansons nouvelles et préparent une évolution dans le domaine de la musique populaire brésilienne. C’est pourquoi ENRIQUE REYNALDO est vraiment l’un des quelques privilégiés à pouvoir nous donner une version exacte de LA BOSSA NOVA
Sacha Distel
Oui, Sacha a été l’un des premiers en France à interpréter ce nouveau style, la Bossa Nova. Ce 45 tours de 1962 contient peut-être la première version française de Desafinado, arrangée par Alain Goraguer et tellement précoce que les paroles ne semblent pas prêtes (ce, bien qu’Eddy Marnay soit crédité). Au dos de mon exemplaire, le tampon d’un salon de coiffure pour dames, de Marseille et des notes de pochettes qui montrent que Sacha a parfaitement capté la singularité de cette musique, même si cela ne se traduit pas vraiment sur disque :
J’ai gardé de mon séjour au Brésil un excellent souvenir, en particulier des chansons que j’ai entendues là-bas et que les Brésiliens appellent la Bossa Nova (mot à mot : la nouvelle vague). C’est une nouvelle forme de la samba traditionnelle mais les compositeurs et les interprètes se sont rapprochés de la musique de jazz tant sur le plan mélodique que rythmique.
J’ai eu envie de faire un disque "bossa-nova" et je suis heureux de vous le présenter aujourd’hui. Je souhaite que comme moi, vous en deveniez de fervents adeptes. Signé Sacha.
Sur ce 45 tours, outre une adaptation d’un morceau de Djalma Ferreira par Pierre Barouh, on trouve Ting-Toung, un original sautillant de Maurice Tézé et Sacha Distel, arrangé par Alain Goraguer, sous titré Viens danser la Bossa-Nova. On n’est pas si loin du samba de balanco joué par Orlandivo et ses acolytes, si ce n’est qu’une certaine gaucherie trahit le type qui n’est pas né dedans. Ting-Toung a donné lieu à un scopitone. On regarde.
En 1975, Sacha Distel reviendra à ses amours Bossa Nova avec Un amour, un sourire, une fleur, un album entièrement dédié au genre plutôt réussi même si un peu Maritie et Gilbert Carpentier dans l’interprétation. Loronix adore. L’exostisme sans doute.
Les Ambassadors
Et pour finir, une autre rareté, ce 45 tours des Ambassadors avec Jean Leccia qui nous donnent leur version de Chega de Saudade, dans une vision de la Bossa Nova tout droit sortie du début des années 60, une vraie chanteuse brésilienne en prime.
L’OBJET :
Dates et lieux de trouvailles : la semaine dernière dans mon eurocash pour les Ambassadors, pas de souvenirs précis pour les autres
Prix : 1 euro
Etat : tout craque, c’est loin 1962
Vendeurs : des particuliers
Taux d’hésitation avant achat : 0% dès qu’il s’agit de Bossa Nova







#16 - Sacha Bossa
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17 novembre 2009, par michel