
12h, les balances
Les Young Marble Giants ne sont pas le groupe dont je rêve le soir, simplement parce que je suis né trop tard pour les voir exister et ne plus exister au tout début des années 80. Mais la re-réédition de leur unique album, Colossal Youth, en juillet dans une version définitive enrichie de la Peel Session enregistrée en 1980 et de morceaux éparpillés, a fait son œuvre.
C’est que le disque a gardé tout son charme mystérieux, dans la pénombre de sa pochette noire dont n’émerge que le profil haché des trois musiciens du groupe, Philip et Stuart, les deux frères Moxham, et Alison Statton, chanteuse sans charisme sauvée par son appropriation délicate et intelligente des 15 morceaux de l’album. C’est un disque de rien, minimal avant l’heure, une guitare qui tricote, une basse qui emporte tout et les mélodies au passage, parfois un clavier bien appliqué, toujours une boite à rythmes cheap. Et qu’est ce que c’est beau. Que ce disque a dû secouer ceux qui l’ont entendu et compris à sa sortie en 1980, alors que le punk fumait encore et que la new wave prenait le relais. Deux styles qui essayaient beaucoup, criaient parfois, pendant que les YMG débarquaient de Cardiff avec une qualité rarissime : un son comme inné, venu de nulle part et retombé dans le néant avec la séparation du trio en 1981, lors d’une tournée américaine trop vite arrivée.
J’avais tout ça dans la tête en arrivant à Boulogne-Billancourt, le 28 octobre en milieu de journée. Ça et l’envie de discuter avec ces Gallois auteurs d’un disque intemporel, venus là pour se faire plaisir et faire plaisir à des gens qui le leur ont demandé gentiment, 27 ans après leur unique concert français, aux Bains douches, et quelques mois après leur reformation discrète à Hay, à deux pas de chez eux.

Il est midi à peine passé et le groupe est sur scène pour les balances. Cinq mètres avant de passer la porte on entend déjà les claquements de la basse de Philip, ce son qui rend fou ; puis la guitare toujours aussi précise, qui scotche le technicien. Le public n’est pas encore là mais c’est déjà touchant, simple et studieux. Alison a ses paroles à la main, chacun se remet dans ces morceaux qui ont tellement vécu qu’ils ne semblent plus appartenir à personne. On entend des bouts de Constantly Changing et de Include me Out. Je regrette encore encore d’être né si tard. Dans la salle, les organisateurs regardent leur rêve prendre forme en douceur.











































