
Sparklehorse, après la marée
En 2007, c’était la tuile : on apprenait par la bande le décès, ou en tout cas le coma, d’un de nos groupes préférés. Un de ces groupes qui nous avaient valu de nouveaux amis, peut-être même un peu de lumière, du réconfort. Sparklehorse avait pondu un album catalogue de chutes de studio à peine digne de figurer dans la discographie jusque là parfaite du groupe. Quand on passe de It’s A Beautiful Life à Dreamt For Lightyears in the Belly of a Mountain, ce n’est plus du déclin de l’empire américain qu’il s’agit, c’est de son effondrement. Pour nous achever et bien enfoncer le clou dans le cercueil, Mark Linkous était venu lui-même donner une parodie de concert, étalant son indifférence aux yeux de tous, la morgue et la suffisance contaminant même les plus belles pépites de son répertoire.
En 2008, il semble finalement que tout ne soit pas perdu. Si Linkous semble pour l’instant avoir disparu corps et bien avec la marée, on a le sentiment que certains intrépides ont bravé les eaux montantes pour entrer dans la maison du cheval qui scintille et sauver les meubles. Ils ne viennent pas du tout de là-bas, mais ces histoires de filiation là ignorent superbement la géographie et ses contraintes puériles de pragmatiques sans imagination.
En France, c’est le Delano Orchestra qui semble vouloir creuser ce sillon (car oui, la musique est parfois un champ qu’on laboure - en sifflotant, en ahanant ou en grinçant). Qui habite en tout cas avec pas mal de conviction le rôle du fils prodigue. A l’écoute de leur album, on se dit que si Linkous avait légué à plus de musiciens en herbe le goût du silence, de la note en suspension, le monde s’en porterait très certainement mieux. Cette esthétique du silence, on la retrouve dans presque chacune de leurs compositions, dans la façon qu’ils ont de varier les intensités. Avec soin et méticulosité. Et elle se marie bien avec leur volonté de perpétuer le goût très Linkousien des petits détails sonores. Guitares parasites, bruitages divers et globalement une richesse de l’orchestration toute en profondeur, chaque instrument (et il sont nombreux) n’intervenant qu’à son tour et ajoutant quelque chose à une texture sonore très riche. Un véritable petit Orchestra, donc, pour une fois qu’un nom de ce type n’est pas trompeur. Qui n’a pas oublié non plus d’écouter les National : leurs arpèges de guitare qui s’entremêlent portent distinctement la marque des frères Dessner. Ils connaissent aussi la propension des américains à prendre le vent avec leur arrangeur Padma Newsome pour aller vers la gueule de l’orage et ils se révèlent donc parfois capable de déchaîner de beaux moments intenses qui rappelleront d’ailleurs plutôt la fin de "Fake Empire" que les moments de rage plus authentiques d’Alligator.
Alors, on aimerait pouvoir se moquer et ignorer les inévitables défauts de ses petits enfants au visage encore trop sage et pas assez marqué. Passons sur les textes dont finalement on peut décider d’ignorer le sens ("A Little Girl, A Little Boy, And All The Snails They Have Drawn" ?), passons sur des tics de scène assez agaçants (c’est pas grave d’être décoiffé les gars). Passons sur sa voix qui franchit parfois la ligne et se fait un peu geignarde. Le Delano Orchestra est plein de promesses : laissons lui le temps et l’espace pour qu’il grandisse et s’affranchisse de son lourd héritage.
Chez Misophone, on se place moins en héritier et plus en cousin lointain. Il y a beaucoup d’autres choses dans ce bel album. Un peu de Comelade, du Efterklang, un peu de Neutral Milk Hotel aussi. Mais il y a du Sparklehorse aussi. Ici, on a appris de Linkous la façon de poser une voix pourtant dénuée de force et d’originalité avec suffisamment de pertinence et d’ingéniosité pour qu’elle retienne l’attention. On n’est plus au sein d’un orchestre mais dans la boîte à musique de bricolos en compétition pour le nom d’album le plus long de l’histoire (Where has it gone, all the beautiful music of our grandparents ? It died with them, that’s where it went ...). Pas tant chez des adeptes du lo-fi enfermés dans un garage que chez les deux geeks du cours de science qui se retrouvent après la classe pour tenter plein de choses dans leur chambre reconvertie en laboratoire. Dans lequel on trouve des orgues déglingués à foison, et un paquet de petits instruments qu’on dirait sortis d’une improbable brocante. Voilà donc qui rappellera immanquablement le Sparklehorse de It’s A Beautiful Life (et un peu, par brefs instants, le Lone Gunman d’Idaho), d’autant que nos deux amis jouent de tout ça avec une retenue et une douceur qui confine à la timidité. Un peu comme s’ils avaient été enregistrés à travers un mur, sans jamais qu’on les voit et comme s’il fallait faire attention à ne pas réveiller les voisins. Lorsque la machine s’emballe, c’est presque par accident et c’est comme si on entendait les petits cliquetis d’une mécanique d’horlogerie en train d’être remontée.
Monsieur Linkous, nous ne sommes pas encore certains que la relève soit d’ores et déjà assurée et nous aimerions vraiment vous revoir dans les parages. En tout cas, vous avez formé l’oreille de tout un tas de musiciens qui commencent à entrebailler la porte, à pointer le bout de leur nez. Ca vous laissera au moins le temps de chercher de vraies idées, et de revenir la prochaine fois avec un vrai album.
Crédits photo : Delano Orchestra par Toupie | Le set entier






































Nouvel album de Misophone sur Another Record à la rentrée
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7 juin, par Tigermilk
Sparklehorse, après la marée
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10 juin, par david carzon
Sparklehorse, après la marée
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14 juin, par benito
RE : Sparklehorse, après la marée
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26 juin, par a* delano