Le trop discret retour du très discret John Matthias

La pochette du deuxième album de John Matthias ressemble à celle d’un disque de raretés de Thom Yorke, comme si les chutes de The Eraser avaient été rassemblées, là, dans cet import japonais dont on ne soupçonnait pas l’existence. Forcément, dans un rayon, ça attire l’œil. Le lien de parenté est logique. C’est le même graphiste qui l’a réalisée, Stanley Donwood. Il faut prendre la coïncidence pour ce qu’elle est : le signe d’une parenté artistique. Rien à voir avec un attrape-nigaud marketing. Ce n’est pas le genre de John Matthias. La seconde livraison du blond expérimentateur n’a fait l’objet d’aucun tapage. Stories from the watercooler est pourtant sorti le 2 juin, sept ans après Smalltwon shining. Dans un monde normal, cela ferait autant de bruit qu’un troisième Portishead...


Stories from the watercooler – soyons francs - ne renferme pas autant de sommets que Smalltown Shining, sur une première impression comme ça, là, à chaud, malgré le très haut degré émotionnel d’Open, le morceau d’ouverture. John Matthias, même en conservant sa singularité, en précisant encore son style (il y a plus de piano, de cordes, quelques sons indiens...), n’a pas écrit d’aussi beaux morceaux qu’All The Time In The World, Smalltown Shining ou The House On Top Of The Hill. Pas encore. Attendons 2015. Mais l’album, dans sa globalité, forme un chef-d’œuvre de la même trempe. John Matthias est l’homme qui, comme aucun autre à notre connaissance, embrasse avec la même sincérité, et le même savoir-faire, la grammaire folk et l’aventure électro. Violoniste de formation (il a joué des cordes sur The Bends, de Radiohead), il ferait l’un des "unplugged" bouleversants si un tel programme lui était proposé. Sa guitare et sa voix sont les deux piliers de sa musique. Des arpèges qui donnent l’impression d’être des boucles, des accords impressionnistes, et son timbre grave, imprécis, chaleureux.

Mais il y a le reste : ces arrangements discrets qui rendent chaque écoute plus désirable que la précédente. Le premier album avait été produit par Matthew Herbert. Le second l’a été par Coldcut et Roy Merchant, sa deuxième famille ces dernières années. Une écoute distraite de John Matthias pourrait faire passer la théorie du mélange folk/electro pour de la mythomanie. Même avec de tels architectes, même si John Matthias baigne avant tout dans la sphère des musiques digitales – il est le père de The Brain, une machine à l’intelligence artificielle dont il sort ses sons de batterie – la logique folk semble écraser l’ensemble. Les morceaux de John Matthias sont comme ces instruments fraîchement sortis de l’atelier du luthier après des mois de labeur : des pièces parfaites, qui certes imposent leur envergure, mais fascinent aussi par la précision des finitions, dans tous les recoins. Une nappe de claviers, un son de percussion, une guitare à peine retravaillée, un synthé saturé en guise de basse : c’est dans de magnifiques détails qui s’additionnent, se complètent et se déversent, telle une pluie d’étoiles, que John Matthias s’impose comme un artiste de son époque, plus doué au laptop que sur tout autre instrument classique.

L’homme est discret. Sur scène, il ferme les yeux et s’excuse presque d’être là. Vous aurez du mal à trouver une interview, une photo de presse digne de ce nom (avec ce seul suspense : barbu ou pas barbu ? Coiffé ou pas ?). John Matthias est un artisan qui se méfie des psychologies collectives. Sur Stories from the watercooler, il l’écrit avec un style simple, qui contraste avec des passages habituellement plus littéraires. Les trois strophes de Viper’s nest (« Le nid de vipères »), commencent avec ces formules : « Did you hear the rumour concerning you ? Did you here about the meeting concerning you ? Did you hear about de media circus concerning you ? » (« As-tu eu vent de la rumeur à ton sujet ? De la réunion à ton sujet ? Du battage médiatique à ton sujet ? »). Réponse : « If I can, I’ll put in a good word, when I can, I’ll put in a good word. » « Si je peux, si j’en trouve le temps, je te défendrai. » Musique richissime, actuelle mais sans âge que celle de John Matthias.

> Quatre morceaux en écoute sur sa page myspace.

le 6 août 2008 par Rouquinho
commentaires •

Le trop discret retour du très discret John Matthias

Une découverte en ce qui me concerne. Je n’avais jamais entendu parler de ce garçon talentueux. La chronique est très intrigante, la musique est séduisante. Je vais donc rechercher ce premier album hissé au rang de chef d’oeuvre puisqu’il supporterait la comparaison avec le deuxième album de Portishead. A première écoute, cela me fait aussi penser à du Timbuk 3 contemporain. En moins raide, en plus moelleux. Souhaitons lui une destinée moins confidentielle que celle des américians

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6 août, par Kid Charlemagne

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